Sus aux solécismes, haro sur les barbarismes

L’Académie française, dans la huitième édition de son Dictionnaire, soulignait que « Le barbarisme et le solécisme sont les deux principaux vices d’élocution ”. Quelque grande puisse être l’influence du milieu anglophone dans lequel nous vivons, les expatriés se doivent de corriger ces vices.

Pour mémoire, selon le même Dictionnaire ,le solécisme est « une faute contre la syntaxe au regard de la grammaire » alors que le barbarisme est « une faute contre le langage soit dans la forme ,soit dans le sens du mot (mot créé ou altéré ,dévié de son sens ,impropre….Faute caractéristique d’un étranger (gr. barbaros) particulièrement celle qui consiste dans l’emploi d’une forme inexistante, par opposition avec le solécisme, qui est l’emploi fautif dans un cas donné d’une forme par ailleurs correcte. Nominer pour nommer, citer est un barbarisme. »

Lors d’une récente réunion d’expatriés, l’animateur avait demandé à plusieurs expatriés de faire une courte présentation sur l’activité du domaine dudit membre. Les solécismes et les barbarismes émaillant  les discours étaient  affligeants pour qui respecte la langue française.

La perle des solécismes revient à un intervenant  qui a commencé son intervention par la phrase : « J’écoutais ce que vous parliez ». Non, je n’invente pas !

Les barbarismes sont beaucoup plus fréquents que les solécismes dans la bouche des cadres expatriés.

Nombre d’entre eux sont l’expression d’un laxisme lexical, d’une paresse intellectuelle, de snobisme  et d’un manque inadmissible de respect de la langue française. Comment autrement qualifier le discours tenu par un des expatriés : « Anyway, il faut continuer… », ou ordonnant à un des intervenants  de «  faire ton overview rapidement » et, plus tard, ajoute qu’il faudra convaincre « d’autres villes on the road » de participer.

Les intervenants qui parlèrent d’une certaine industrie ont fait assaut de barbarismes en observant que dans cette industrie, le « retail » était « drivé » par ceci ou cela. Le « commerce de détail » et son pendant le « commerce de gros » ont-ils disparus ? Au lieu de « drivé » pourquoi ne pas dire « mus par les moteurs.. ». Le barbarisme « retailization » m’a laissé pantois .Il est nécessaire de dire « tendance » au lieu de « trend ».

De même, « data center » ou « centre de data » doit céder la place à « centre de données » et n’est-il pas plus exact de dire « amélioration de la performance » au lieu de « augmentation de la performance »?

Plusieurs barbarismes méritent une mention particulière :

« Challenge »

Plusieurs intervenant ont employé le mot « challenge », l’un d’entre eux ayant même poussé le vice jusqu’à dire « être challengé ». Le mot « challenge » existe bien en français mais pas dans le sens de la phrase. En français moderne un « challenge » selon le Trésor de la langue française est une «  Épreuve périodique entre deux sportifs ou deux équipes pour la conquête d’un titre ou d’un trophée (coupe, statue, etc.) que le vainqueur garde en dépôt, puis cède au vainqueur d’une nouvelle épreuve. Lancer, gagner un challenge; faire disputer un challenge. ».Le sens sportif du mot nous vient de l’anglais : vers 1380 le mot anglais « challenge », emprunté au vieux français, avait pris le sens de « défi dans un combat ». En ancien français, le mot « chalongier » ou « chalengier » signifiait « chicane, attaque, défi » (XIIe s.).Le mot provenait  du latin classique calumnia terme juridique « accusation fausse, chicane » formé sur le participe du verbe « caluor » = »chicaner, tromper » puis « réclamation, accusation, litige » en latin médiéval.

L’Académie dans sa 9ème édition estime que ce mot doit être écrit « chalenge » car «  (On écrit aussi, moins bien, Challenge.) et que le sens de « provocation, défi » est  un emploi déconseillé.

Ainsi, pour être correct, il convient d’employer le mot « défi » pour traduire « challenge » sauf si le contexte sportif permet l’emploi du mot « challenge ».

« basique »

C’est un faux ami qui est encore une mauvaise traduction de l’anglais « basic ».L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire limite l’emploi de l’adjectif basique à la chimie (= qui a les propriétés d’une base) et à la minéralogie (=roche ou sol de composition alcaline).Il fallait dire choses relativement élémentaires.

« profitabilité »

Si les mots « profit » et « profitable » sont acceptés dans la 9ème édition du  Dictionnaire de l’Académie, le mot « profitabilité » n’y figure pas. Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (Tl). Il faut dire plutôt « rentabilité » (=Aptitude à engendrer des profits, des bénéfices » Tlf.).Notons que « profit » n’a pas qu’un sens matériel .Selon la 9ème édition le « profit » : est un  « Avantage d’ordre pratique, moral ou intellectuel que l’on retire d’une chose, bénéfice…ÉCON. Revenu résiduel, correspondant aux recettes d’une entreprise desquelles on a soustrait les coûts de production et de distribution des biens et des services produits. Profit d’exploitation. Compte de profits et pertes, Passer par pertes et profits. »

« Flop »

Un des intervenants estima que la stratégie de diversification d’une certaine industrie avait été un « flop ». Ce mot ne figure ni à la 9ème édition du Dictionnaire de l’Académie ni dans la base informatique du Tlf. Si certains dictionnaires, Larousse ou Robert, le mentionnent, ils s’accordent à considérer que cet anglicisme est d’un emploi familier utilisé principalement pour indiquer l’échec d’un roman ou d’une pièce de théâtre.

Dans Les Mémoires d’Outre-tombe (t.2, 1848, p.702) Chateaubriand observait qu’  « Une langue (…) ne saurait changer sa syntaxe qu’en changeant son génie. Un barbarisme heureux reste dans une langue sans la défigurer; des solécismes ne s’y établissent jamais sans la détruire. » Très rares, sinon inexistants, sont les barbarismes faits par les expatriés que l’on pourrait objectivement considérer comme des barbarismes heureux car, pour l’essentiel d’entre eux ils ne sont que l’expression du laxisme lexical précité.

Trentenaire

Suite à mon billet sur les quarantenaires mon ami Jean-Martin m’écrit: “c’est bien aussi de trentenaire (et pas de trentagénaire!) que je qualifierais une personne ayant de 30 à 40 ans… ». Cette pertinente observation mérite examen car, bien entendu le mot « trentagénaire » n’existe pas plus que les mots « vingtagénaire » ou « vingtenaire » !

Le mot « trentenaire » en Moyen Français (1330-1500) signifiait « un ensemble de trente jours ». Son acception usuelle « durée de 30 ans » est  récente .On la trouve pour la première fois dans la 7ème édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878) avec le même sens que dans le Littré (1872, suppl.1877). C’est encore ce sens que donne la 8ème édition de 1935.

Cependant, les dictionnaires plus récents manifestent une confusion certaine. Tous reprennent le sens précité mais si le Dictionnaire culturel en langue française publié en 2005 sous la direction d’Alain Rey en reste là, le Dictionnaire historique de la langue française (1992) aussi publié sous la direction d’Alain Rey ajoute, comme le fait le Petit Larousse (2004), le sens de « qui a entre trente et quarante ans ». Le classique Robert ajoute également le sens de «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » mettant en évidence l’erreur commise par le Petit Larousse et par le Dictionnaire historique ( entre 30 et 40 ans au lieu de entre 30 et 39 ans!).

Le Trésor de la langue française indique que le sens de « personne âgée de trente ans » est rare donnant un article du Nouvel Observateur de 1981 comme emploi. Ce sens est-il le même que  celui «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » ? On peut en douter. Dans le dernier cas il s’agit d’une personne ayant  la trentaine alors que dans le premier la personne a 30 ans ni plus ni moins.

La diffusion des dictionnaires soit par internet soit par applications pour tablettes ne fait qu’augmenter la confusion. Ainsi, sur la page Conjugaison du Nouvel Observateur le sens « qui dure trente ans » est qualifié de « rare » et l’emploi comme nom fait l’objet du commentaire : « par plaisanterie la personne qui a trente ans ». La version électronique du Robert rejoint Conjugaison, traitant de « rare » le sens de « durée de trente ans », mais reprend le sens de de «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » alors que le Larousse électronique limite le sens à la durée, tout comme le faisait l’édition 1905 éditée par M. Claude Augé l’auteur du Dictionnaire ( Larousse) complet illustré de 1889 .Cette version électronique omet ainsi sens d’âge de la personne que la version papier de 2004 du dictionnaire mentionne. Dans Wiktionnaire les deux  sens figurent alors que dans Wikipedia l’article « trentenaire » reste à créer !

Faut-il donc accepter le sens de « qui a entre trente et trente-neuf ans » ? L’Académie française n’étant pas encore arrivée à la lettre T dans sa 9ème édition, il nous faut l’attendre pour être définitivement fixé. Entretemps, vu l’absence d’autre mot pour ce sens, je crois cet emploi du mot « trentenaire » justifié.

Quarantenaire ou quadragénaire ?

Dans l’édition du 22 janvier 2013 (Sports p.3) Marc Antoine Godin journaliste sportif au quotidien canadien La Presse signe un article intitulé “La fougue des quarantenaires » dans lequel il admire les prouesses de joueurs de hockey frisant la quarantaine comme Alex Kovalev ou comme Jaromir Tagr et Ray Whitney qui eux ont une quarantaine bien sonnée. Le mot « quarantenaire » pour désigner une personne ayant entre 40 et 49 ans est-il bien utilisé par M. Godin ?

Le suffixe « –aire » ajouté à un adjectif numéral dénote en règle générale la durée. Ainsi « trentenaire » signifie une durée de 30 ans ou qui existe depuis 30 ans. : le droit connait la prescription trentenaire. On utilise cette forme  aussi pour signifier un anniversaire : le cinquantenaire de la découverte de la pénicilline. Si les dictionnaires (Larousse, Robert, Trésor de la langue française (Tlf) et Dictionnaire de l’Académie française) nous donnent  des noms formés par l’adjonction du suffixe « -aire »  sur les chiffres 30,40, 50, 100, 150 ,200,300 400 et mille on peut s’étonner que le mot « soixantenaire » ne figure dans aucun d’entre eux  et que pour 70,80 et 90 il faille se tourner vers l’usage suisse et belge ou l’on retrouve « septantenaire » « huitantenaire » ou , plus rarement, « octantenaire » et « nonantenaire ».Notons que certains dictionnaires en ligne sans donner de sources ajoutent le mot « soixantenaire ».

Le mot « quarantenaire » utilisé par M. Godin est intéressant. A la différence des autres mots formés sur les adjectifs numéraux, ce mot a plusieurs sens bien différenciés. Le sens le plus ancien  attesté dès 1634 appartient au vocabulaire de la marine : le mot signifie « cordage qui sert à redoubler les autres »  (Trésor de la langue française, Dictionnaire culturel de la langue française d’Alain Rey). A la même époque, selon la 9eme édition du Dictionnaire de l’Académie française, le mot prend aussi le sens  de « qui dure  40 ans ». Au milieu du XIXème siècle, le mot « quarantenaire »  est utilisé dans le sens de  «  relatif à la quarantaine sanitaire, personne qui est soumise à une quarantaine, lieu assigné pour une quarantaine » (Dictionnaire Culturel précité, Robert et Larousse.).

Si Péguy écrivait « Le quarantenaire ne devient pas cinquantenaire, il devient historien » ( Clio ,1914, p.249) tant le Tlf que le Dictionnaire de l’Académie estiment qu’il ne faut pas employer le mot « quarantenaire » pour désigner une personne ayant la quarantaine mais qu’il faut lui préférer le classique « quadragénaire”. Ceci explique sans doute pourquoi la version en ligne de l’article de M. Godin a été corrigée, substituant « quadragénaire » à « quarantenaire » qui figurait dans la version papier vendue au public : http://www.lapresse.ca/sports/hockey/201301/21/01-4613520-la-fougue-des-quadragenaires.php !

Charter Schools: solution gratuite pour l’éducation bilingue de nos enfants?

Nos compatriotes expatriés aux États-Unis voulant que leurs enfants apprennent la langue de leurs ancêtres n’avaient jusqu’à récemment que la solution de les inscrire dans les quelques écoles privées bilingues de la région newyorkaise ou de quelques autres grandes villes américaines. Solution fort coûteuse –frais de scolarité dépassant les $20.000 par an par enfant- donc au-delà des moyens de la grande majorité des expatriés. Résultat : perte de la langue et de la culture française pour les enfants d’expatriés ne venant pas des familles les plus aisées.

Depuis 1991,  de nombreux États américains, 80%, dont New York, Californie.., ont encouragé la création d’écoles publiques gratuites gérées par le secteur privé. Ces écoles sont légalement et financièrement indépendantes des systèmes scolaires publics des États. Pour créer une telle école, il faut obtenir une  charte des autorités étatiques compétentes, telles le Department of Education (DOE) et le Board of Regents à New York. L’obtention de cette charte est un long processus, un à deux ans, nécessitant la constitution d’un volumineux dossier reprenant les qualifications du directeur, du conseil d’administration, du corps enseignant, détaillant le programme académique etc. Comme une école ne peut fonctionner qu’en vertu des termes de la charte qu’elle aura pu obtenir, le corollaire est que le contenu académique de l’enseignement est validé et approuvé par autorités de tutelles et ne peut être modifié qu’avec leur accord.

Le financement de ces écoles provient de deux sources : la subvention par élève versée par l’État, correspondant à son coût évité et les dons du secteur privé. A  New York, par exemple, la subvention est environ $13 500 par élève par an. Cette subvention, comme il ressort de mon expérience de membre fondateur de la New York French American Charter School (NYFACS), est à peine suffisante pour ouvrir une école car le coût du loyer est très important dans le budget de fonctionnement de l’école.

L’exemple de la NYFACS est intéressant pour la réflexion. Elle a ouvert ses portes en septembre 2010 avec les classes de jardin d’enfants, 1ère et 2ème année. Chaque année une nouvelle classe sera ajoutée jusqu’à la 12ème année .Le but est de préparer les élèves au baccalauréat international ainsi qu’au  Regents High School Diploma, qui marque la fin des études secondaires à New York. Normalement, à New York, un élève fréquentant les écoles publiques ne peut être inscrit que dans une école sise dans sa circonscription scolaire ce qui, historiquement, poussait les parents à choisir d’habiter dans certains quartiers dans lesquels les écoles publiques étaient considérées comme meilleures. Tant qu’une « charter school » comme la NYFACS n’a pas rempli toutes ses classes, bien que située à Harlem, elle peut accueillir des élèves venant de n’importe où dans l’État de New York.

Le gouvernement français qui cherche des moyens d’assurer la gratuité de la scolarisation des Français expatriés ne devrait-il pas favoriser la création de telles écoles au travers des États-Unis plutôt que de payer des frais de scolarités de plus de $ 20 000 par an par élève aux écoles privées bilingues ? A titre d’exemple, et les modalités de l’aide sont à définir, une subvention égale à la prise en charge par le gouvernement des frais de scolarité de 10 élèves de seconde ou de terminale dans un établissement privé comme le Lycée français de New York assurerait à une école comme la NYFACS plus de la moitié de son loyer annuel ainsi permettant aujourd’hui à 150 élèves et demain à 500 d’avoir un enseignement bilingue gratuit dans un établissement ayant alors une assise financière solide. Ne serait-ce pas là un meilleur emploi des deniers publics pour réaliser l’objectif ô combien important de la gratuité de la scolarisation des Français ?

©2011 Pierre F.de Ravel d’Esclapon

Paltoquet

Du fonds de la Chine où il effectuait un voyage professionnel, mon ami Bertrand m’écrivit pour en savoir plus sur le mot paltoquet. Espérant que le mot n’avait pas été utilisé à son encontre, voici le résultat de mes recherches.

Paltoquet désigne un individu grossier, rustre, un homme prétentieux et insolent (Larousse).Le mot vient de paletot, vêtement grossier, donc indice de rusticité, porté par les paysans d’antan. La forme ancienne du mot paletot est attestée dès 1370 sous la forme paletoke (Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500), ATILF entrée »paletot »). Le mot signifiait un justaucorps. Par adjonction d’un-é final pour désigner quelqu’un habillé d’un paletoke le mot est devenu paletoké ou paletoqué (cf. Rabelais Tiers Livre XXVI) ensuite orthographié paltoquet. Ainsi, un paltoquet est un homme qui a les manières grossières du paysan.

Selon les spécialistes français (Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Complément de Godefroy, Trésor de la langue française), le mot paletot est un emprunt au moyen anglais paltok =jaquette, mot selon eux, d’origine incertaine. Au XIXème siècle, l’anglais a réemprunté le mot paletot pour désigner un vêtement de dessus droit  unisexe.

En revanche, selon les spécialistes anglo-saxons comme Joseph T. Shipley (The Origins of English words : A Discursive Dictionary of Indo-European Roots (1984)), les mots paletot et paltok proviennent de la racine indo-européenne pel-3b, pelǝ-, plē- signifiant une peau, avec l’idée de couvrir, couverture. Cette racine, selon J. Pokorny (Indogermanisches Wörterbuch) se retrouve en grec dans le mot πέλας `=peau et sa forme πέλλᾱς=fourrure est ensuite empruntée par le latin dans le mot pellis=peau de fourrure qui a donné pallium et palla mot signifiant une grande mantille de femme ou encore une jaquette gauloise (à noter que le mot gaulois plaid qui est dérivé de cette racine signifiait couverture en peau de mouton).

En français, la racine nous a donné, outre paletot, les mots pelisse et pellicule et en anglais les mots peel, pelt, pellagra, palliate et tarpaulin.

Le temps et l’espace dans la culture japonaise

Si ces concepts vous intriguent, lisez la critique du livre de  Katô Shûichi    « Le temps et l’espace dans la culture japonaise » par Agnès Cousin de Ravel en cliquant sur son nom.

Le bon usage: “vicinité” ou “proximité”?

Dans un récent courriel, Antoine informait ses correspondants qu’il recherchait un restaurant « dans la vicinité des pistes de ski ».Si le mot vicinité évoque le mot anglais vicinity, est-il français ? Malheureusement il ne l’est plus mais ce mot, devenu un barbarisme, va nous permettre de découvrir les liens entre les mots vicinal, paroisse, ville, économie, œcuménique, vilain, et écologie !

En ancien français, c’est-à-dire, dans le français en usage entre la Chanson de Roland (1080) et 1340, le mot vicinité existait bel et bien, signifiant, depuis son apparition au XIIème siècle, « voisinage, proximité ».Le mot vient du latin uicinus qui signifiait « venant du même quartier ou du même village » .

L’emploi du mot vicinité est devenu de plus en plus rare en moyen français (1340-1611) pour disparaître complètement en français moderne. Il n’est pas dans la 1ère édition de 1694 du Dictionnaire de l’Académie française et le mot vicinal, qui désigne les chemins reliant les villages, n’apparaît la première fois que dans l’édition de 1835 ! C’est d’ailleurs le seul sens admis pour ce mot ! Auparavant, au XVIème siècle par exemple, c’était le mot voisinal qui était utilisé dans le même sens.

En anglais, le mot, emprunté à l’ancien français, fait son apparition vers 1560 pour signifier quartier, voisinage, sens qu’il a conservé encore aujourd’hui.

Le mot latin uicinus[i], dérivé de uicus =pâté de maisons qui venait lui-même du grec. οκος =maison .La racine proto-indo-européenne, u̯eik̂-, u̯ik̂-, u̯oik̂o- (*du̯ei- kṣayati) ,signifie maison, habitation elle-même dérivée de k̂Þei- racine reprenant l’idée de sédentarisation et même d’accession à la propriété ( racine kÞē(i)-, kÞǝ(i)-).C’est ce qui explique que dans les très vieilles langues dérivées du proto-indo-européen, comme le sanscrit ou le vieil hindou on retrouve des mots formés sur la racine vis dont certains signifient maisons ou habitation (víś-), d’autres citoyens (víśaḥ) ou encore propriétaire de maison (viś-páti-)[ii].

Du grec οκος est venu le mot p£roikoj = celui qui habite près de d’où paroisse et le mot anglais parochial =qui a trait à une paroisse, ainsi que les mots économie, œcuménique et écologie !

Du latin uicus est dérivé le mot latin villa qui signifiait d’abord maison de campagne puis village et ville sans oublier vilain !


[i] Rappelons à nos jeunes lecteurs qu’en latin la lettre “v” était prononcée “w” :c’est pourquoi les dictionnaires étymologiques du latin, et des langues qui le précédèrent, souvent substituent un « u » à la place du « v ».

[ii] A Proto-Indo-European Language Lexicon, and an Etymological Dictionary of Early Indo-European Languages,http://dnghu.org/indoeuropean.html ,une banque de données établie à partir de J. Pokorny “Indogermanisches Etymologisches Wörterbuch”, corrigé par George Starostin (Moscow), A. Lubotsky sub nomine u̯eik̂-, u̯ik̂-, u̯oik̂o- (*du̯ei- kṣayati)

Image et prédation chez Quignard

Si une petite "quignardise" vous tente,cédez à la tentation et lisez l’excellent article d’Agnès Cousin de Ravel ici

Trente œuvres "disparues ou volées" saisies à l’Institut Wildenstein

Pour en savoir plus sur la saga des tableaux disparus, lisez l’article du journal Le Monde en cliquant ici , l’article dans The Telegraph,"Affaire Wildenstein:une nouvelle veuve porte plainte" dans le Paris-Match du 16 .02.2011, "Affaire Widenstein:scandale en toile de fond" par Daniele Georget ,13.02.2011, et l’article de David Le Bailly – Paris Match "L’étau judiciaire se resserre autour de Guy Wildenstein".

Il n’y a qu’à New York!

Mercredi 16 février :avec mon ami Nicholas D. nous traversions Central Park à pied,,discutant à voix haute ,en français, le rôle de la France dans le monde quand une dame ,bibliothécaire de son état,nous interrompt, nous priant en excellent français de l’excuser,pour nous demander si l’usage aujourd’hui dictait que l’on mît un accent aigu, ou grave, sur un E majuscule quand le mot en minuscule l’exige!

Il n’y a qu’à New York où cela peut arriver!

Étoupe, stop, perdrix à l’étouffée et étoffes

Quel lien peut exister entre ces mots en apparence aussi disparates? C’est en examinant la descendance d’une vieille racine proto-indo-européenne, datant de quelque 4 000 ou 5 000 ans, que nous pourrons, au gré des migrations  des peuplades dans le temps et dans l’espace et des emprunts d’une langue à l’autre, comprendre comment d’un ancêtre commun sont issus des cousins dont la parenté est maintenant difficile à déceler.

C’est en 1792  , alors que la France révolutionnaire se battait contre l’Europe et que Rouget de l’Isle composait La  Marseillaise, que les marins français empruntent à l’anglais le mot stop pour signifier arrêt[1].Pour les lecteurs suffisamment jeunes pour se souvenir des messages télégraphiques et des stops qui marquaient la fin de chaque phrase ( « arriverai train 18h43 stop attendrai au Train Bleue stop Bisous stop ») notons que l’origine est l’expression full stop ="fin de phrase, point" utilisée en Angleterre depuis la fin du XVIème siècle.

Le vieil anglais, issu du germanique occidental, comme l’est l’ancien haut allemand[2], avait un mot apparenté forstoppian=boucher, fermer[3] qui s’est transformé en stoppian puis en stop en anglais moderne.

Les tribus germaniques aux frontières de l’empire romain, faisaient grand  usage  des bouchons en étoupe, particulièrement le long du Rhin. C’est ainsi que le francique stopfôn signifiait "mettre, fourrer, enfoncer dans " avec le même sens que l’ancien haut allemand stopfôn .

Ces peuplades ont repris en le germanisant le verbe stuppare="boucher, calfater" que le latin vulgaire avait formé sur le nom stuppa = bouchon[4] en latin vulgaire. Le mot anglais stopper signifie encore aujourd’hui "quelque chose qui sert obturer, à boucher".

Le mot stuppa signifiait "étoupe" en latin classique. Le sens de la langue classique est resté en ancien français (estupe=étoupe).Aujourd’hui, outre son sens traditionnel, le mot étoupe se retrouve dans l’expression un peu vieillie mettre le feu aux étoupes = "exciter à des sentiments violents, à faire l’amour" comme l’a utilisé Lesage: "Cette fausse dévote, vrai suppôt de Satan, mit le feu aux étoupes en parlant sans cesse à la dame de l’amour et de la persévérance des Génois [5]".

Le mot stuppa vient  du grec στππη( stuppé )=étoupe, partie la plus grossière de la filasse du chanvre ou du lin[6].Le mot grec a pour origine la racine indo-européenne (s)teue=boucher, condenser[7] que certains orthographient steu̯ǝ- signifiant “devenir dense , serré, étroit[8].

 

La descendance germanique de stuppa/stuppare et en particulier du francique stopfôn (= "mettre, fourrer, enfoncer dans " ) nous a ensuite donné le mot estofer en ancien français, vers 1190, dont le sens est devenu "remplir, rembourrer, garnir , approvisionner" d’où ce qui sert à garnir =une étoffe [9].Par le biais du hollandais stoppen =fourrer, mettre, repriser ,nous est venu le sens du verbe stopper =réparer une étoffe déchirée ou trouée et le verbe restauper =racommoder à l’aiguille les trous d’une toile utilisé en Flandre dès 1730 [10].

La descendance romane du verbe stuppare du latin vulgaire nous a donné estoper en ancien français ="1.boucher avec de l’étoupe, calfater 2.arrêter faire cesser. 3. fermer la bouche à quelqu’un. 4. plier le corps en deux et 5.jouir d’une femme"[11].On imagine aisément pourquoi dans l’esprit des gens du haut moyen-âge la progression est naturelle entre le  3ème sens et le  5ème sens!

Influencé par son cousin germanique, estofer, le verbe estoper prends dès le XIIIème siècle le sens d’étouffer =asphyxier d’où au XVème siècle l’expression étouffer son ennemi=le tuer. Progressivement, son  sens évolue: au figuré, le sens "d’empêcher un sentiment ou une parole" est relevé  mi-XVIème siècle[12], le sens de "cacher, supprimer, faire disparaître" comme dans l’expression étouffer une affaire apparaît dans la 1ère édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), puis c’est au milieu du XVIIIème siècle qu’apparaît le sens culinaire de "cuire en vase clos" attesté pour la première fois dans la 7ème édition du Dictionnaire de l’Académie française (1835).

Si aujourd’hui estouffade et à l’étouffée sont en cuisine synonymes, il ne faut pas conclure de la similitude des mots qu’ils ont la même racine! En effet, estouffade ne vient pas de stuppa/ stuppare mais de l’italien stofata =cuisson à la vapeur, mot venant de stufa= fourneau, du latin vulgaire extufare du grec tuphein=fumer, remplir de fumée[13]!

Pour nous remettre des fatigues de ce périple linguistique serait-ce pousser le bouchon trop loin que de souhaiter étouffer une bonne bouteille[14] en bonne compagnie!


[1] Alain Rey Le Robert Dictionnaire historique de la langue française(1992) (Rey).

[2] Orrin W. Robinson Old English and its Closest Relatives, a Survey of the Earliest Germanic Languages p.12 (1992)

[3] J.R. Clarke, A Concise Anglo-Saxon Dictionary p.132 (4ème éd.1960). A noter qu’en vieux frison stoppia =boucher, comme stoppen en hollandais moderne: Chambers A Dictionary of Etymology R.K. Barnhart éd.(1988) p.1071.

[4] Ernout et Meillet Dictionnaire étymologique de la langue latine (4ème éd.1959, réimpr. 2001)

[5] Histoire de Guzman d’Alfarache I,3

[6] Leo Meyer Handbuch der griechischen Etymologie v.4 p.171-172 (1902) .

[7] Joseph T.Shipley The Origin of English words :A Discursive Dictionary of Indo-European Roots (1984).

[8] Selon A Proto-Indo-European Language Lexicon, and an Etymological Dictionary of Early Indo-European Languages,http://dnghu.org/indoeuropean.html ,une banque de données établie à partir de J. Pokorny “Indogermanisches Etymologisches Wörterbuch”, corrigé par George Starostin (Moscow), A. Lubotsky, la racine/lemma steu̯ǝ- signifie “devenir dense , serré, étroit” et est bien l’origine du mot grec στύππη `étoupe’ dont  provient le mot latin “stuppa” .

[9] A.J.Greimas Dictionnaire de l’ancien français (2001) sub nom."estofer" et J. Picoche Dictionnaire étymologique du français (1992) sub nom. "étoupe"

[10] Tlf. Sub nom. "restauper"

[11] Greimas op. cit. sub nom. "estoper".

[12] Trésor de la langue française (Tlf) sub nom."étouffer"

[13] D’où aussi le mot "étuve": Rey op.cit. et Tlf. sub nom. "estouffade"

[14] = boire en entier: Rey op.cit.

Crawfish étouffée, stop and stuff

Crawfish étouffée is emblematic of Louisiana’s cuisine .According to chef Emeril Lagasse étouffée in Cajun and Creole cooking refers to anything cooked in its own juices, sometimes with a little water added. The French word “étouffée” means “smothered, asphyxiated”.

What can link this form of cooking to the words “stuff” and “stop”?

The answer requires us to meander through time and space to observe how a Greek word “στύππη (stuppe)”, the coarse part of flax or hemp =oakum, tow, became “stop” in modern English and “étoupe” in modern French.

The Greek word [1]was borrowed by classical Latin (“stuppa”) with the same meaning then it changed meaning in Vulgar Latin when it came to signify a “plug” adding the verb “stuppare” formed on “stuppa” to mean “plug with oakum or tow”. The Germanic tribes along the Rhine were frequent users of this type of plug and borrowed the Vulgar Latin word forming the word “stopfôn”[2]. In Old High German as in Frankish this meant “stuff into, push in, put in”.

Old English, like Old High German descended from West Germanic, had a similar word “forstoppian” which meant “to stop up, plug, close”[3]. This word became “stoppian” and “stop” in modern English. The meaning of “halt” for the word “stop” is an English development, borrowed later by many other languages, dating back to the middle of the XV th century. For those who are young enough to remember the telegraphic style “Will arrive tomorrow STOP Meet me on the pier STOP”, the word “stop” here is an abbreviation of “full stop” which has meant “end of a sentence” in Britain since the Middle Ages. The original meaning of “stop” =plug is still found today in the word “stopper” as in bottle stopper.

The Frankish “stopfôn” was then borrowed by Old French: in 1190, the Old French verb “estofer” formed on “stopfôn” means “fill up, push in, stuff in, equip, furnish, provide”. The Old French meaning then evolved to that of “that which furnishes” i.e., “estoffe” which became “étoffe” =cloth” in modern French.

Old English then borrowed the word “estofe” from Old French:”stof” before the first quarter of the XIVth century was the quilted material worn under chain mail. Afterwards, later in that century, the word became “stoffe” meaning “cloth, household goods”. At the end of the XIVth century, in Middle English, the spelling becomes “stuffe” hence the modern “stuff”!

The Vulgar Latin verb “stuppare” became “estoper” in Old French, meaning “plug with oakum or tow, bring to a halt, close someone’s mouth[4].Under the influence of its Germanic cousin “estofer”, the verb “estoper” became “estouffer” in the XIIIth century, with the meaning of “smother, asphyxiate”. The modern spelling is “étouffer”.

The Old French “estoper” was then borrowed in Middle English to become “estop” and is the root of the legal term “estoppel” still used today.

It is only at the end of the XVIIIth century that the French word “étouffer” acquired the culinary meaning of “cooking in a closed vessel”, showing up for the first time in the 7th edition of the Dictionnaire de l’Académie française (1835).

Just because today “étouffée” and “estoufade” are culinary synonyms and are similar in form does not lead to the conclusion that they share a common root. Indeed, they do not: “estoufade” was borrowed by the French from the Italian “stofata” meaning “cooked with steam”, a word coming from the “stufa=oven” from the Vulgar Latin “exstufare” which was borrowed from the Greek “tuphein” meaning “smoke, fill up with smoke”.

Thus, after some 5,000 years and meanderings across Europe, a Proto-Indo-European root steu̯ǝ-conveying the idea of tightness, of compactness is still found in its progeny , “stop”, “stuff” and “étouffée”, even if , at first blush, the kinship between the cousins is no longer apparent.


[1]According to Joseph T. Shipley The Origin of English words : A Discursive Dictionary of Indo-European Roots (1984) it comes from the Indo-European root s(teue)=compact, to condense related to stei and the Sanskrit stupa. In A Proto-Indo-European Language Lexicon, and an Etymological Dictionary of Early Indo-European Languages, http://dnghu.org/indoeuropean.html , a database compiled from J. Pokorny’s “Indogermanisches Etymologisches Wörterbuch”, corrected by George Starostin (Moscow), A. Lubotsky, the root/lemma steu̯ǝ- is given to mean “to get dense or tight” and is the root of the Greek στύππη `oakum’ from which the Latin “stuppa” comes.

[2] Some German scholars have posited that the root of “stopfôn” is not the Greek “stuppe” but a Germanic root “stoppon” related to the Latin “stupere” =to be stunned, dazed but all agree that the Vulgar Latin “stuppare” influenced in form and meaning the Old High German “stopfôn”: Chambers A Dictionary of Etymology R.K. Barnhart éd.(1988) p.1071. Ernout et Meillet Dictionnaire étymologique de la langue latine (4th ed.1959, repr. 2001) consider « stuppare » to be the root of « stopfôn ».

[3] Orrin W. Robinson Old English and its Closest Relatives, a Survey of the Earliest Germanic Languages p.12 (1992) J.R. Clarke A Concise Anglo-Saxon Dictionary p.132 (4ème éd.1960). Note that in Old Frison stoppia meant “plug”, as does stoppen in modern Dutch. In modern French, the verb stopper still means “halt, repair a tear in cloth by darning”.

[4] A.J.Greimas Dictionnaire de l’ancien français (2001) sub nom."estofer" and  «  estoper » et J. Picoche Dictionnaire étymologique du français (1992) sub nom."étoupe". Alain Rey Le Robert Dictionnaire historique de la langue française(1992).

Bilingualism: boon or bane?

In this weekend’s New York Times Magazine, Guy Deutscher, author of "Through the Language Glass: Why the World Looks Different in Other Languages", reviewed the current state of research to answer the question:" Does your Language Shape How You Think?" Mr.Deutscher gives interesting examples showing that language does indeed compel the speakers to express thoughts in a particular way or to provide the listener with certain information, whether about the gender as in French or German as opposed to English or about how the speaker came to know the facts they are reporting as for the Matses in Peru. Click here to read the article.

As the first bilingual French-English charter school in New York City, the New York French American Charter School, will open in September ,2010 we may well ask, following Mr. Deutscher’s inquiries, whether bilingualism shapes how the speakers think, whether there are any benefits, aside from the obvious cultural ones, to learning another language from the earliest age? Wouldn’t such bilingualism overtax the abilities of some children and render them less proficient in both languages? To answer some of the questions one may have about bilingualism, I did a cursory ,and wholly unscientific, survey of the literature in the last 3 years and share here what caught my attention.

What are the benefits of an early bilingual education?

According to studies of kindergartners done at Harvard by Prof.Silverman[1] pupils who speak another language at home and who learn English as a second language acquire a general vocabulary in English at a faster rate than English-only pupils of the same age.

Early bilinguals are able to learn another language faster than monolinguals and are better able to learn new words in their own language as shown by Viorica Marian and Margarita Kaushanskaya, professors of communication science at Northwestern University[2].

Professors Marian and Kaushanskaya’s research also answers a question many parents have when deciding whether to educate their children bilingually: will bilingual education confuse or slow down my child’s learning? In their article "Bilingualism reduces native-language interference during novel-word learning"[3], they show that bilinguals are better able than monolinguals to filter out "noise"-irrelevant information- when learning a new language.Accordingly, bilingual education from an early age helps rather than hinders a child’s development.

Parents may be wondering if it is worth going to the trouble of providing an early bilingual education to their offsprings if the child then loses the second language through lack of use. Recent research by Bristol University researchers[4] suggests that people who were exposed to another language when young not only relearn the forgotten language more rapidly but retain the ability to pronounce difficult sounds of the second language. They used Hindi and Zulu as second languages because these languages have phonemes –sound units- that are very difficult for native English speakers to recognize and reproduce. They found that the subject quickly relearnt to recognize and pronounce those foreign phonemes. We have all observed cases of people who lost a language learnt as a child who, when relearning it as adults, are able to pronounce it like native speakers.

Monolingual education of children from homes where another language is spoken has another very real negative impact on the construction of the child’s identity, language learning and critical thinking development as Elena Constantinou, doctoral student at the University of Leicester showed in her June 24,2010 presentation "Exclusion of mother tongue problematises identity construction" at the Festival of Postgraduate Research of the University[5].

How early should bilingual education start?

The short answer is as early as possible, even during pregnancy! As shown by psychologists Krista Byers-Heinlein, and Janet Werker (University of British Columbia) and Tracey Burns of the OECD who studied mothers speaking both English and Tagalog during pregnancy[6] and mothers who spoke only English, monolingual babies were only interested in English whereas bilingual babies showed no preference for one language or the other suggesting that those infants have a predisposition for bilingual learning.

Their research showed also that infants are able to discriminate between the two languages and to keep them apart. This research extends the earliest age at which infants can tell apart two languages. A previous study showed that 4- and 6-month-old infants can discriminate languages (English from French) just from viewing silently presented articulations. By the age of 8 months, only bilingual (French-English) infants succeed at this task.[7]

Bilingualism’s impact on brain structure and use of brain resources

"Can early language exposure modify neural tissue? Does extensive and maintained exposure to two languages from early life leave a "bilingual signature" on the human brain? How do bilinguals avoid confusing their two languages as they rapidly process their languages and /or move from one language context to another? Do early proficient bilinguals process language differently from monolinguals and recruit different neural tissue across all contexts, including one language at a time and two languages in rapid alternation?[8] Or do such bilinguals process language similarly to monolinguals and recruit similar neural tissue but not across all contexts?[9]" These are the questions that Professor Ioulia Kovelman and her co-workers set out to answer using novel neuro-imaging techniques[10].Her conclusions are well worth quoting in full:

"Early and extensive dual language exposure appears to have an impact on how the bilingual brain processes language within classical language areas (IFC, BA) as well as brain areas that support language processing (DLPFC, BA46/9 and IFC BA 47/11).The overall implication is that this neural change is entirely positive-bilinguals can read and listen to semantic information in each of their languages with the same effectiveness as monolinguals. The bilingual brain also develops mechanisms that allow for successful processing of two languages concurrently in a bilingual mode. We therefore hope that scientists, educators and bilingual policymakers, alike, will take notice of the present findings-especially those who decide on educational settings for the nation’s young bilinguals and whether early bilingual language learning as a child harms one’s dual language, reading, and cognitive processing as an adult. To be sure, we found no evidence of harm and instead found evidence that the bilingual brain processes each of the two languages with the aplomb of a monolingual brain processing one."[11]

These results were confirmed in a study carried out by Professor Ibrahim of the Department of Learning Disabilities of Haifa University[12] who investigated whether one or both languages of an Arabic-Hebrew bilingual individual are disrupted following brain damage. In this case, his investigation led to the conclusion that the Arabic and Hebrew language capabilities of the patient resided in two different areas of the brain even though the two languages are semantically very close.[13]

Are there any benefits of bilingualism in adulthood?

Indubitably yes. Indeed, Alzheimer’s has been shown by Prof. Bialystok to be delayed by an average of four years in bilinguals versus monolinguals[14].Similarly, Dr.Gilit Kavé and her co-workers at the Herczeg Institute on Aging at Tel Aviv University have shown that senior citizens who speak several languages show less mental aging than monolinguals: the more languages you speak the better your cognitive states are when you get older. The study was conducted on people between the ages of 75 and 95.[15]

Last, but not least, according to a 2009 report by research team appointed by the European Commission entitled "The Contribution of Multilingualism to Creativity"[16], click here to read the Report, multilinguals show superior performance in handling complex and demanding problem-solving tasks, higher creativity and mental flexibility compared to monolinguals.

©2010 Pierre F. de Ravel d’Esclapon


[1]Elementary School Journal, 107(4), 365-383 (2007): Rebecca Deffes Silverman:"Vocabulary Development of English-Language and English-Only Learners in Kindergarten".

[2] "The Bilingual Advantage in Novel Word Learning" (2009) Psychonomic Bulletin & Review,   16, 705-710.

[3] J Exp Psychol Learn Mem Cogn. 2009 May; 35(3):829-35.

[4] J.Bowers,S.Mattys and S.Gage "Preserved Implicit Knowledge of a Forgotten Childhood Language" Psychological Science 2009;20(9):1064

[5] http://www2.le.ac.uk/ebulletin/news/press-releases/2010-2019/2010/06/nparticle.2010-06-09.4016247525. While her research focused on children whose home language is the Cypriot dialect, her findings should apply to other communities as well.

[6] Byers-Heinlein, K., Burns, T.F., & Werker, J.F. ( 2010). "The roots of bilingualism in newborns". Psychological Science, 21(3), 343-348,(2010) doi: 10.1177/0956797609360758

[7]"Visual Language Discrimination in Infancy" Whitney M. Weikum, Athena Vouloumanos, Jordi Navarra, Salvador Soto-Faraco, Núria Sebastián-Gallés, and Janet F. Werker Science 25 May 2007:Vol. 316. no. 5828, p. 1159 DOI: 10.1126/science.1137686.

[8] The neuroscientists refer to this as the Neural Signature Hypothesis

[9] This is the so-called Functional Switching Hypothesis.

[10] "Shining New Light on the Brain’s "Bilingual Signature": a Functional Near Infrared Spectroscopy Investigation of Semantic Processing" I. Kovelman, M.H. Shalinsky, M.S.Berens and L.Petitto  Neuroimage 39(2008) 1457-1471.To read the article click here.Interested readers may also enjoy her other papers:"Age of first bilingual language exposure as a new window into bilingual reading development"Bilingualism: Language and Cognition 11 (2), 2008, 203–223 ;"Dual language use in sign-speech bimodal bilinguals: fNIRS brain-imaging evidence"Brain & Language 109 (2009) 112–123;L.Petitto "New Discoveries From the Bilingual Brain and Mind Across the Life Span: Implications for Education"MIND, BRAIN, AND EDUCATION vol.4

[11] Id.p.1468.

[12] "Selective deficit of second language: a case study of a brain-damaged Arabic-Hebrew bilingual patient" Behavioral and Brain Functions 2009, 5:17doi:10.1186/1744-9081-5-17

[13] Interested readers will benefit from studying the literature quoted in Professor Ibrahim’s footnotes.

[14] "Bilingualism as a protection against the onset of symptoms of dementia" Bialystok E., Craik F.I. & Freedman M. Neuropsychologia 45(7),2007 ,459-464

[15] Kavé, G., Eyal, N., Shorek, A., & Cohen-Mansfield, J. (2008). Multilingualism and cognitive state in the oldest old. Psychology and Aging, 23(1), 70-78.

[16] EC Public Service Contract No EACEA/2007/3995/2 16 July 2009

Temps des crises de Michel Serres

L’académicien Michel Serres, professeur à Stanford, vient de publier un nouveau livre,Temps des Crises, dont le sous-titre est : « Mais que révèle le séisme financier et boursier qui nous secoue aujourd’hui ? »

Canal Académie  nous propose d’écouter l’entretien de Michel Serres avec Jacques Paugam.

Dans celui-ci, le philosophe note que la proportion maintenant très réduite du nombre d’agriculteurs et des professions associées  (1,7% contre plus de 60% en 1900) à la fin du XXe siècle  marque la « la fin du néolithique ».

Il analyse ensuite les conséquences de la mobilité des personnes et des choses ainsi  que des progrès de la santé et de la révolution des pratiques médicales. Pour Michel Serres, les nouvelles technologies constituent sont aussi révolutionnaires que l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie.

Pour lui, la crise financière doit être analysée comme la crise dans l’évolution d’une maladie, soit le point d’inflexion de la maladie où le malade meurt ou guérit. Pour lui, l’important n’est pas de revenir à l’état antérieur mais d’intégrer le nouvel état du malade dont l’organisme a lutté avec succès contre la maladie. Cette capacité d’adaptation est la définition même de la vie, « invention permanente de la nouveauté ».C’est ainsi nous suggère-t-il qu’il faut aborder la recherche de solutions aux crises économiques.

Cliquez ici pour l’écouter.

Êtes-vous Larousse ou Robert ?

Voici l’intéressante question que nous pose Sébastien Lapaque dans l’édition du 28 juillet 2010  du Figaro  que vous aurez plaisir à lire en cliquant ici.

Expatriés: votre accent vous rend-il moins crédible?

Selon les recherches effectuées par Boaz Keysar, professeur de psychologie à l’Université de Chicago et par le chercheur  Shiri Lev-Ari de la même université la réponse est affirmative aux Etats-Unis. C’est ce qui ressort de l’article qu’ils viennent de publier dans le denier numéro du Journal of Experimental Social Psychology [1]intitulé "Why Don’t We Believe Non-Native Speakers? The influence of Accent on Credibility"

Pour découvrir cette conséquence insidieuse de l’accent, ils ont fait lire le même texte par des locuteurs de langue maternelle anglaise et par des locuteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Une des phrases utilisée était :"A giraffe can go without water longer than a camel can".Bien que les américains évaluant la crédibilité des locuteurs aient été prévenus que l’information contenue dans la phrase ne reflétait par les connaissances personnelles des locuteurs, l’expérience a démontré que les américains évaluant la crédibilité des locuteurs ont estimé que plus l’accent était fort, moins le locuteur était crédible. Selon le professeur Keysar, plus l’accent est prononcé moins l’auditeur comprend et plus il a tendance à attribuer la difficulté de compréhension à un manque de crédibilité du locuteur.

Ne faut-il pas tirer des leçons de ces recherches pour la composition des jurys, au pénal comme au civil, en fonction de la sévérité de l’accent des témoins? L’appréciation de telles recherches ne devrait-elle pas faire partie de la formation des juges?

Il serait intéressant de savoir si les résultats obtenus par MM. Keysar et  Lev-Ari avec des évaluateurs américains seraient les mêmes si l’expérience était menée d’abord entre américains parlant avec un fort accent régional-un locuteur avec un fort accent du Tennessee ou de l’Alabama est-il perçu comme moins crédible par un auditeur du Maine et vice versa- et ensuite avec des personnes de langue française devant évaluer la crédibilité de locuteurs dont le français n’est pas la langue maternelle[2]. Selon les résultats, on peut envisager un vaste chantier de réflexion sur la façon dont les  sociétés perçoivent et traitent les immigrants.


[1] Journal of Experimental Social Psychology,2010;DOI:10.1016/j.esp.2010.05.025

[2] Le lecteur pourra également consulter les travaux des professeurs Rafiq Ibrahim, Mark Leikin et Zohar Eviatar de l’Université de Haïfa Ibrahim, R., Eviatar, E., & Leikin, M. (2008)." Speaking Hebrew with an accent: Empathic capacity or other non-personal factors." International Journal of Bilingualism, 12(3), 195-207 et Leikin, M., Ibrahim, R., Eviatar, Z., & Sapir, S. (2009). "Listening with an accent: Speech perception in a second language by late bilinguals". Journal of Psycholinguistic Research, 38, 447-457.

Van Gogh, Francis Bacon et commodat:quel lien?

Si cette juxtaposition en apparence arbitraire titille votre curiosité,lisez l’intéressant article de Thibault de Ravel d’Esclapon  ( cliquez ici )qui explore à la fois les relations de Bacon avec Arles et les problèmes juridiques qu’une disposition testamentaire de Bacon a suscités. Vous y rencontrerez les vieilles notions de commodat ou prêt à usage ainsi que celles de trust si chères à nos confrères anglo-saxons.

“Sponsoriser”,”Panélistes”,”basique” et autres solécismes et barbarismes

Si, comme le soulignait l’Académie française, dans la huitième édition de son Dictionnaire, "Le barbarisme et le solécisme sont les deux principaux vices d’élocution ”, les intervenants lors de l’assemblée générale du Cercle des Cadres Expatriés se doivent de corriger ces vices.

Pour mémoire, selon le même Dictionnaire ,le solécisme est « une faute contre la syntaxe au regard de la grammaire » alors que le barbarisme est « une faute contre le langage soit dans la forme,soit dans le sens du mot (mot créé ou altéré,dévié de son sens,impropre….Faute caractéristique d’un étranger (gr. barbaros) particulièrement celle qui consiste dans l’emploi d’une forme inexistante,par opposition avec le solécisme,qui est l’emploi fautif dans un cas donné d’une forme par ailleurs correcte. Nominer pour nommer, citer est un barbarisme. »

Voici quelques exemples de solécismes ainsi relevés :

« Il y a deux personnes que je veux remercier, le premier c’est.. » : sans commentaires.

« Je pensais avoir fermé la vente » : il est clair qu’il s’agit d’un calque de l’expression anglaise « to close the sale ».Faut-il dire boucler dont le sens familier est de mettre un point final à quelque chose comme dans boucler son budget, ses comptes? Non car boucler ne reprend pas l’idée de succès qu’exprime l’anglais. Fallait-il alors dire clôturer la vente? Surtout pas!L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire, en cours de parution, dit de clôturer que « Ce verbe n’a pas d’emploi figuré. Dans le sens de terminer on ne doit pas utiliser clôturer mais clore ou des périphrases telles que mettre un terme à, mettre fin à ».Le verbe clore, comme le verbe boucler ne rend qu’imparfaitement l’idée de succès .Il fallait dire conclure la vente. En effet, conclure signifie «  f ixer définitivement, établir par un accord…conclure un marché ».

« Un vice président en charge de.. » : encore une traduction littérale  de l’anglais «.in charge of ».Il faut dire  responsable de ou chargé de comme dans les expressions un chargé d’affaires ou de mission.

« Il s’agit de choses relativement basiques » encore une mauvaise traduction de l’anglais « basic ».L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire limite l’emploi de l’adjectif basique à la chimie (= qui a les propriétés d’une base) et à la minéralogie (=roche ou sol de composition alcaline).Il fallait dire choses relativement élémentaires.

Voici quelques exemples de barbarismes aussi relevés :

« Faire du matching » :l’idée est de trouver des partenaires qui est l’usage premier du mot match en anglais quand il fit son apparition au XVIème siècle.Le mot matcher est un québécisme.Il faut dire assortir ou appareiller.

« Nos speakers » pourquoi éviter de dire « nos orateurs » ou « nos conférenciers”, mots qui ont le mérite d’être français?

« Panélistes » .Le mot panel existe en français. C’est un emprunt récent –années 1950- à l’anglais. Le mot anglais est emprunté à l’ancien français panel dont la racine est pan signifiant un morceau d’étoffe. Panel dans le sens de «coussinet de selle» est attesté dès 1160-74 et est devenu panneau en français moderne .Son sens a évolué en Angleterre pour désigner un morceau de parchemin  puis le parchemin sur lequel était inscrit la liste des jurés puis le jury lui-même. L’Académie est formelle : le mot panel en français « Ne doit être employé qu’en parlant de sondages d’opinions. ».Pour éviter le barbarisme qui consiste à utiliser le mot panel pour autre chose que des sondages d’opinion, il convient de dire table ronde ou réunion débat et les intervenants de nos tables rondes à la place de panéliste mot qui n’existe pas en français.

« Sponsor » : voici encore un emprunt au latin qui signifiait «  garant, répondant de quelqu’un » et en latin chrétien « parrain, marraine » .L’acception utilisée par calque sur l’anglais est un barbarisme si flagrant  que les arrêtés du 17 mars 1982 et du 24 janvier 1983 furent promulgués pour recommander l’usage de commanditaire pour éviter cet anglicisme (Néol.off.1988, nos 2093 et 409).A bon entendeur salut.

« Sponsoriser » : le mot propre est parrainer que l’Académie défini comme : « 1-soutenir de son influence ou de son autorité morale une personne, un projet ou une œuvre parrainer un comité de sauvegarde.2-Accorder son soutien financier à une entreprise, à une manifestation » .Il fallait donc dire parrainer au lieu de sponsoriser.

« Avoir du feedback en live » : pourquoi pas tout simplement « avoir des réactions en direct »?

« Les meetings one on one »:le mot meeting est ici un contresens puisque par définition un meeting en français n’est qu’ « une grande réunion publique ».Il s’agit donc d’un barbarisme doublé d’un solécisme.Il fallait bien sûr dire  les  «tête-à-tête» ou les « les réunions individuelles ».

Pourtant si des barbarismes tels que « faire un cost play », "un meeting de négociation " ou encore le bottom line sont la patente manifestation d’un laisser-aller du plus mauvais aloi que dire du snobisme de certaines personnalités de la scène politique française qui dans leurs discours officiels crurent bien d’émailler leurs propos d’expressions anglaises telles que : "le fait d’être both ways ","C’est good news.. " ou encore  "il ne faut pas voir les choses one way". Laissons au lecteur le soin de juger (voir aussi  Le bon français et les bonnes résolutions )  .

Si le solécisme vient du nom d’une colonie d’Athéniens établis à Soles en Cilicie qui parlaient un mauvais patois, n’incombe-t-il pas aux membres du Cercle des Cadres Expatriés de cesser de parler un charabia dans lequel  mots français et anglais s’entrechoquent et choquent?

Max Raabe and Dieter Fischer-Dieskau

Max Raabe and his Palast Orchester‘s recent performance at Carnegie Hall prompted the following question: why such a fine rendition of the German cabaret songs and a not quite convincing rendition of songs in English of the same era? Listen first to his signature song “Heute Nacht or nie” ( click here) then to the way he interprets the great 1931 classic “Dream a little dream of me”( click here ).Now compare Raabe’s interpretation to that of the Dorsey Brothers (click here ).Which do you prefer? Don’t you agree that Raabe does not quite pull it off?

The answer to the why lies; I suspect and look forward to your comments, in the influence of the Schubert Lieder vocal style on German songs in general and, likely, on the vocal training of Max Raabe. Listening again to “Heute Nacht or nie” I cannot help but be reminded of Dieter Fischer-Dieskau’s interpretation of Schubert’s Winterreisen Op. D 911 (click here).The vocal style used to sing Lieder is well suited, and expected, for many German cabaret songs but is not suited to the American songs of Cole Porter, Irving Berlin  and many others of that era. This may explain why Raabe’s interpretation of American songs did not sound quite as convincing as his interpretation of German cabaret songs.

Hôtel Lambert: histoire d’une sauvegarde.

Comme le fait ressortir Thibault de Ravel d’Esclapon dans son article :“Heureux épilogue pour l’affaire de l’hôtel Lambert : les voies de l’amiable ” , l’hôtel Lambert, bijou d’architecture du Grand Siècle, sis à la proue de l’île Saint-Louis, a récemment fait couler beaucoup d’encre. Cet hôtel, site d’un roman d’Eugène Sue, fréquenté par Delacroix, Balzac, Chopin, Liszt et George Sand, fût vendu en 2007 par le baron de Rothschild au frère de l’émir du Qatar pour la bagatelle de 80 millions d’euros. Le nouveau propriétaire voulant faire de nombreux travaux dans cette demeure classée monument historique, une bagarre juridique livrée par l’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique s’en est suivie. Le détail, et l’heureuse issue de celle-ci est relaté par Thibault de Ravel d’Esclapon que vous pouvez lire en cliquant ici.

Klezmer:Giora Feidman and his glass clarinet

If the idea of playing a glass clarinet intrigues you,do watch this video of Giora Feidman playing some popular nigunim and compare his play using wood clarinets in a synagogue in Tsfat ( click here ) and elsewhere (Milan 2008 )

La septième majeure ou mineure (musicale) par Ionel Petroi

La musique classique n’est pas basée essentiellement sur la septième majeure ou mineure.

La septième s’ajoute plutôt à un accord majeur ou mineur.

Mais qu’est-ce qu’est cette fameuse septième?

Par définition, la septième est l’intervalle séparant deux sons (ou deux notes) ou la distance entre la première et la septième note.

En musique nous avons deux sortes de septième: mineure et majeure.

La septième mineure est égale à cinq tons.

L’exemple de cette septième mineur est le début de deuxième thème  du « BOLERO » de  Ravel.(Note de l’éditeur: écoutez la différence d’interprétation et de direction entre la version de Karajan en 1985 -partie I et partie II – et celle de Barenboim en 1998 -partie
I
et partie II -,tous deux dirigeant le Philharmonique de Berlin.)

Ce thème commence par le basson presque au début du morceau (1’42’’)

Par rapport a  la note DO (dans les basses), la note Sib est une septième mineure.

La septième majeure est égale à cinq tons et demi.

L’exemple d’une septième majeure est le début du deuxième thème du « THE BALKAN BOLERO » de Petroi.Le lien Apple iTunes est:http://phobos.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?playListId=263410211 .Par rapport a la note DO (dans les basses), la note Si est une septième majeure.

Au-delà de cette explication musicale, la septième majeure ou la septième mineure provoque en nous des sentiments très différents.Ces septièmes peuvent provoquer en nous un sentiment d’instabilité.Bien que la septième mineure peut nous paraître plus stable.Cette septième donc est bien une septième relative!

New York, le 31 janvier 2010

Ionel Petroi

Compositeur et Pianiste

Le fabuleux trésor de Pouilly-sur-Meuse

Qui n’a jamais rêvé de découvrir un trésor enfoui dans sa propriété? Ce rêve devint réalité pour un propriétaire de Pouilly-sur-Meuse .Lors de travaux pour la construction d’un puits ,il découvrit  un ensemble belles pièces de vaisselle datant de la Renaissance : aiguières, cuillères en vermeil et argent, et deux timbales de Théodore de Bry (Dietrich Bey), orfèvre et graveur.

Que pouvait faire l’heureux propriétaire ? Vendre discrètement ?publiquement ? Lui fallait-il redouter une éventuelle préemption des musées nationaux ? Ce sont toutes ces questions qu’analyse Thibault de Ravel d’Esclapon que vous pouvez lire en cliquant ici.

Un cheval, des chevaux : pourquoi?

Vous êtes vous jamais posé la question :pourquoi le pluriel de cheval est-il chevaux ou celui de travail travaux?Peut-être avez-vous été en panne d’idées lorsqu’un enfant vous posait la question quand vous le repreniez pour avoir dit chevals ? Cliquez ici pour l’explication.


La langue française à la une du Wall Street Journal

Imaginez mon étonnement hier  en parcourant les titres de la première page du WSJ :de mémoire d’homme c’était la première fois que la langue française faisait la une du WSJ.Max Colchester (14 octobre 2009,p.A1 )y a écrit un article intitulé "The French Get Lost in the Clouds Over a  New Term in the Internet Age:They Turned Email into Courriel But What’s With Informatique en Nuage?" (cliquez ici pour lire l’article).Il décrit avec forces exemples les travaux de  la Commission de la terminologie et nous donne une liste partielle des traductions adoptées.

Qui décide du bon usage?

Nous savons tous que l’arbitre ultime est le Dictionnaire de l’Académie française mais ce que nous ne savons pas est comment l’Académie décide que tel usage doit  être accepté ou rejeté  ou que tel néologisme peut rentrer dans notre belle langue. Pour comprendre ces mécanismes et le rôle des multiples commissions de terminologie et de néologismes des ministères, écoutez Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, présidente de la Commission de la langue française expliquer  comment un mot devient digne de figurer au Dictionnaire de l’Académie française :cliquez ici

La fête Roch Hachana:la tête de l’année

Si vous voulez comprendre les aspects à la fois festifs et rigoureux de cette grande fête juive , écoutez l’explication qu’en fait le grand Rabbin Haïm Korsia, aumônier général israélite de l’armée française , sur Canal Académie.Comme lui,souhaitons Shana Tovah à tous nos amis juifs.

Dan Brown’s The Lost Symbol

The Lost Symbol arrived last night and turned out to be a bit of a disappointment. What the book gained in thickness it lost in tautness .Much of the plot’s main "surprise" can be guessed after the first few chapters. Set in a Washington DC awash with Masonic symbolism one cannot help but be reminded of the movie National Treasure. Readers interested in finding more about the Masonic symbols used by Brown should consult the website, http://www.freemasonlostsymbol.com which is a collaboration of the Masonic Society, the Masonic Service Association and the George Washington Masonic Memorial to address the book’s Masonic references.

As in his Da Vinci Code, Brown’s villain here is a thoroughly repulsive psychopath, Mal’akh, reminding one of Silence of the Lambs. I wonder why such psychopaths exert such a fascination on Dan Brown. The rest of his characters lack in depth:Inoue Sato director of a mythical Office of Security within the CIA ,improbably investigating in Washington D.C. seems to step out of a cartoon.

While the book is principally a pean to people’s potential, sadly, it is spoiled by suffused sloppiness. Here are 3 glaring examples:

1-at p.421 and 424,Professor Langdon is struggling to decipher a series of pictograms when he exclaims "The first letter is Η" and then "Suddenly he realized what the word might be :Ηερεδομ" the word "Heredom" which he proceeds to define, correctly, giving a correct  etymology completely misspelled: "From the Greek Ηερεδομ originating from Hieros-domos ".In Greek, as Mr. Brown should have easily ascertained, the letter H is the capital "η"=eta not the English "H". In Greek there is no letter for the aspirated "h", the effect is achieved through the use of a diacritic, the spiritus asper, or rough breathing represented by an inverted comma placed above and before the vowel to be aspirated. Thus the word should have been written   Ἑρεδομ or – Ἡρεδομ.

2-at p.437-8, he writes "all spiritual rituals included aspects that would seem frightening if taken out of context-crucifixion reenactments, Jewish circumcision rites….Islamic niqab…".Sorry Mr.Brown, the niqab is not a spiritual ritual; it is merely an article of clothing that covers the entire body of certain Moslem women leaving only the eyes. Islamic scholars are divided on the question of whether the niqab is mandated or simply permitted by the Koran but none regards the niqab as a spiritual ritual.

3-at p.497, chapter 133 ( yes!) after the protagonists have been chased around ,taken prisoners liberated,escaped from improbable situations all starting with a speech that Prof.Langdon was to give at 7 p.m., Brown writes that Langdon was "still unable to believe that it had been less than ten hours since [about 7 p.m.]".We too are unable to believe that he could have done it in ten hours, however skilled or superhuman Langdon may be!

All in all ,to borrow the phrase :a good yarn ruined.

Par contre ou en revanche?

Hier soir nous dînions avec des amis en Périgord. L’une des convives commence une phrase en disant "Par contre" et se fait reprendre par notre ami belge Yves au motif qu’il s’agit d’une expression provenant du français belge  et non pas du bon français. Interloqué ,je lui demande de préciser et il nous dit que lui-même s’était fait gourmander par Maurice Druon, académicien, qui lui avait soutenu que "par contre " était une expression belge et qu’il fallait, en bon français dire "en revanche".

Qu’en est-il?

Selon le Trésor de la langue française (Tlf), "par contre" est une locution adverbiale marquant l’opposition à un énoncé antérieur citant ,entre autres, Guy de Maupassant :"Si le jardin se trouvait à l’ombre ,la maison, par contre, était en plein soleil" (Contes et Nouvelles t.1Dimanches bourgeois, Paris 1880,p.297).Selon Grévisse ,les expressions "en revanche" ou "en compensation" "ajoutent à l’idée d’opposition une idée particulière d’équilibre heureusement rétablie" alors que ‘par contre" exprime "d’une façon toute générale l’idée d’opposition et a le sens nu de mais d’autre part, mais d’un autre côté".

La locution adverbiale  "par contre" est une apparition récente dans le Dictionnaire de l’Académie française : elle figure à la  sixième et à la  septièmeédition (1835 et 1878) avec le sens :"Dans le style commercial, Par Contre, en compensation". Dans la neuvième  édition, en cours de parution, l’Académie fait allusion à la controverse sur "par contre" et tranche ainsi:

" Par contre, en revanche, d’un autre côté, en contrepartie, en compensation, à l’inverse.  Condamnée par Littré d’après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d’excellents auteurs français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc. Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l’usage s’est établi de la déconseiller, chaque fois que l’emploi d’un autre adverbe est possible."

Laissons la parole à André Gide, cité par le Dictionnaire culturel en langue française (Robert 2005), qui justifie ainsi son emploi de "par contre":

"Je sais bien que Voltaire et Littré proscrivent cette locution mais "en revanche" et "en compensation", formules de remplacement que Littré propose, ne me paraissent pas toujours convenables […] Trouveriez –vous décent qu’une femme vous dise:" Oui, mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre; en revanche, jy ai perdu mes deux fils"? ou "la moisson n’a pas été mauvaise, mais "en compensation" toutes les pommes de terre ont pourri"? [….] "Par contre" m’est nécessaire, et, me pardonne Littré, je m’y tiens" Attendu que.. p 89

Notons, que le Larousse tient "par contre " et "en revanche" pour synonymes et  que le Tlf indique   dans la rubrique "Revanche" que l’expression en revanche" a pour synonyme "par contre”

N’en déplaise à MM Voltaire et Littré ( et à leurs épigones), la langue a évolué !

A table, tous s’accordèrent  à dénoncer les périls auxquels s’exposent ceux qui, ayant acquis la notoriété dans un domaine, utilisent celle-ci pour faire des déclarations, souvent ô combien dogmatiques, sur des sujets ne relevant pas de leur spécialité.

Où courrent-ils?

Les vacances sont pour nos compatriotes l’occasion de souffler un peu,de décompresser,en un mot de ne plus courrir comme ils se sentent obligés de le faire chaque jour  durant le reste de l’anné.Courrir, comme l’a si bien fait ressortir Raymond Devos avec son humour habituel,suscite des questions dont la moindre n’est pas :o ù courrent-ils? Délectez vous en attendant cette rentrée qui signale le redémarrage de la course!

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