“Sponsoriser”,”Panélistes”,”basique” et autres solécismes et barbarismes
Si, comme le soulignait l’Académie française, dans la huitième édition de son Dictionnaire, « Le barbarisme et le solécisme sont les deux principaux vices d’élocution ”, les intervenants lors de l’assemblée générale du Cercle des Cadres Expatriés se doivent de corriger ces vices.
Pour mémoire, selon le même Dictionnaire ,le solécisme est « une faute contre la syntaxe au regard de la grammaire » alors que le barbarisme est « une faute contre le langage soit dans la forme,soit dans le sens du mot (mot créé ou altéré,dévié de son sens,impropre….Faute caractéristique d’un étranger (gr. barbaros) particulièrement celle qui consiste dans l’emploi d’une forme inexistante,par opposition avec le solécisme,qui est l’emploi fautif dans un cas donné d’une forme par ailleurs correcte. Nominer pour nommer, citer est un barbarisme. »
Voici quelques exemples de solécismes ainsi relevés :
« Il y a deux personnes que je veux remercier, le premier c’est.. » : sans commentaires.
« Je pensais avoir fermé la vente » : il est clair qu’il s’agit d’un calque de l’expression anglaise « to close the sale ».Faut-il dire boucler dont le sens familier est de mettre un point final à quelque chose comme dans boucler son budget, ses comptes? Non car boucler ne reprend pas l’idée de succès qu’exprime l’anglais. Fallait-il alors dire clôturer la vente? Surtout pas!L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire, en cours de parution, dit de clôturer que « Ce verbe n’a pas d’emploi figuré. Dans le sens de terminer on ne doit pas utiliser clôturer mais clore ou des périphrases telles que mettre un terme à, mettre fin à ».Le verbe clore, comme le verbe boucler ne rend qu’imparfaitement l’idée de succès .Il fallait dire conclure la vente. En effet, conclure signifie « f ixer définitivement, établir par un accord…conclure un marché ».
« Un vice président en charge de.. » : encore une traduction littérale de l’anglais «.in charge of ».Il faut dire responsable de ou chargé de comme dans les expressions un chargé d’affaires ou de mission.
« Il s’agit de choses relativement basiques » encore une mauvaise traduction de l’anglais « basic ».L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire limite l’emploi de l’adjectif basique à la chimie (= qui a les propriétés d’une base) et à la minéralogie (=roche ou sol de composition alcaline).Il fallait dire choses relativement élémentaires.
Voici quelques exemples de barbarismes aussi relevés :
« Faire du matching » :l’idée est de trouver des partenaires qui est l’usage premier du mot match en anglais quand il fit son apparition au XVIème siècle.Le mot matcher est un québécisme.Il faut dire assortir ou appareiller.
« Nos speakers » pourquoi éviter de dire « nos orateurs » ou « nos conférenciers”, mots qui ont le mérite d’être français?
« Panélistes » .Le mot panel existe en français. C’est un emprunt récent –années 1950- à l’anglais. Le mot anglais est emprunté à l’ancien français panel dont la racine est pan signifiant un morceau d’étoffe. Panel dans le sens de «coussinet de selle» est attesté dès 1160-74 et est devenu panneau en français moderne .Son sens a évolué en Angleterre pour désigner un morceau de parchemin puis le parchemin sur lequel était inscrit la liste des jurés puis le jury lui-même. L’Académie est formelle : le mot panel en français « Ne doit être employé qu’en parlant de sondages d’opinions. ».Pour éviter le barbarisme qui consiste à utiliser le mot panel pour autre chose que des sondages d’opinion, il convient de dire table ronde ou réunion débat et les intervenants de nos tables rondes à la place de panéliste mot qui n’existe pas en français.
« Sponsor » : voici encore un emprunt au latin qui signifiait « garant, répondant de quelqu’un » et en latin chrétien « parrain, marraine » .L’acception utilisée par calque sur l’anglais est un barbarisme si flagrant que les arrêtés du 17 mars 1982 et du 24 janvier 1983 furent promulgués pour recommander l’usage de commanditaire pour éviter cet anglicisme (Néol.off.1988, nos 2093 et 409).A bon entendeur salut.
« Sponsoriser » : le mot propre est parrainer que l’Académie défini comme : « 1-soutenir de son influence ou de son autorité morale une personne, un projet ou une œuvre parrainer un comité de sauvegarde.2-Accorder son soutien financier à une entreprise, à une manifestation » .Il fallait donc dire parrainer au lieu de sponsoriser.
« Avoir du feedback en live » : pourquoi pas tout simplement « avoir des réactions en direct »?
« Les meetings one on one »:le mot meeting est ici un contresens puisque par définition un meeting en français n’est qu’ « une grande réunion publique ».Il s’agit donc d’un barbarisme doublé d’un solécisme.Il fallait bien sûr dire « les réunions individuelles ».
Pourtant si des barbarismes tels que « faire un cost play », »un meeting de négociation » ou encore le bottom line sont la patente manifestation d’un laisser-aller du plus mauvais aloi que dire du snobisme de certaines personnalités de la scène politique française qui dans leurs discours officiels crurent bien d’émailler leurs propos d’expressions anglaises telles que : »le fait d’être both ways « , »C’est good news.. » ou encore »il ne faut pas voir les chose one way« . Laissons au lecteur le soin de juger (voir aussi Le bon français et les bonnes résolutions ) .
Si le solécisme vient du nom d’une colonie d’Athéniens établis à Soles en Cilicie qui parlaient un mauvais patois, n’incombe-t-il pas aux membres du Cercle des Cadres Expatriés de cesser de parler un charabia dans lequel mots français et anglais s’entrechoquent et choquent?
Qui décide du bon usage?
Nous savons tous que l’arbitre ultime est le Dictionnaire de l’Académie française mais ce que nous ne savons pas est comment l’Académie décide que tel usage doit être accepté ou rejeté ou que tel néologisme peut rentrer dans notre belle langue. Pour comprendre ces mécanismes et le rôle des multiples commissions de terminologie et de néologismes des ministères, écoutez Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, présidente de la Commission de la langue française expliquer comment un mot devient digne de figurer au Dictionnaire de l’Académie française :cliquez ici
Par contre ou en revanche?
Hier soir nous dînions avec des amis en Périgord. L’une des convives commence une phrase en disant « Par contre » et se fait reprendre par notre ami belge Yves au motif qu’il s’agit d’une expression provenant du français belge et non pas du bon français. Interloqué ,je lui demande de préciser et il nous dit que lui-même s’était fait gourmander par Maurice Druon, académicien, qui lui avait soutenu que « par contre « était une expression belge et qu’il fallait, en bon français dire « en revanche ».
Qu’en est-il?
Selon le Trésor de la langue française (Tlf), « par contre » est une locution adverbiale marquant l’opposition à un énoncé antérieur citant ,entre autres, Guy de Maupassant : »Si le jardin se trouvait à l’ombre ,la maison, par contre, était en plein soleil » (Contes et Nouvelles t.1Dimanches bourgeois, Paris 1880,p.297).Selon Grévisse ,les expressions « en revanche » ou « en compensation » « ajoutent à l’idée d’opposition une idée particulière d’équilibre heureusement rétablie » alors que ‘par contre » exprime « d’une façon toute générale l’idée d’opposition et a le sens nu de mais d’autre part, mais d’un autre côté ».
Si le Tlf indique dans la rubrique « Revanche » que l’expression en revanche » a pour synonyme « par contre” certains puristes à une certaine époque ont voulu remplacer « par contre » par « en revanche » .Ainsi que l’observa Albert Doppagne : »le succès qu’ont réservé à par contre la plupart des écrivains du XXème siècle, le fait qu’il ne soit pas toujours remplaçable par les locutions par lesquelles on propose de le remplacer, légitiment tout à fait l’utilisation de cette locution » (Trois aspects du français contemporain,1966,pp193-197).
A table, tous s’accordèrent à dénoncer les périls auxquels s’exposent ceux qui, ayant acquis la notoriété dans un domaine, utilisent celle-ci pour faire des déclarations, souvent ô combien dogmatiques, sur des sujets ne relevant pas de leur spécialité.
Le bon usage:pallier
Maurin Picard ,commentant la décision de l’Egypte de relancer son projet de construction d’un réacteur nucléaire civil, écrit : » l’Égypte envisage à nouveau de construire sa première centrale nucléaire pour pallier à ses besoins énergétiques » ( Le Figaro 8 mai 2009 « Nucléaire : un rapport de l’AIEA met en cause l’Égypte »).
L’emploi du verbe pallier est ici une double faute.Ce verbe a plusieurs sens:(a) il signifie « dissimuler ,faire excuser un défaut ou une faute en présentant sous un jour favorable« .C’est dans ce sens que Simone de Beauvoir écrit: » Il partait dans la vie les mains vides, et méprisait les biens qui s’acquièrent. Pour pallier cette indigence, il ne lui restait qu’une issue: paraître « ( Mémoires d’une. jeune. fille, 1958, p.36) (b) en médecine,il signifie « atténuer le mal sans guérir « .C’est ainsi que l’utilisait Cocteau : »Jadis je palliais la fréquence de ces crises par l’opium « ( Difficulté d’être,1947 p.237.Le verbe ,au figuré ,a pris le sens de « atténuer,remédier à un inconvenient ou une situation facheuse en apparence ou provisoirement,et,par extension,remédier à quelque chose« .Le verbe nous vient du bas latin palliare =proprement couvrir d’un manteau d’où le sens de « cacher ».
La première faute est une faute de sens :l’auteur a voulu dire que l’Egypte envisageait de construire une centrale pour subvenir à ses besoins d’énergie non pas pour « dissimuler un défaut » ou pour « remédier à » ses besoins énergétiques. L’auteur aurait dû écrire « pour subvenir à ses besoins énergétiques ».
Même si le verbe pallier avait été utilisé dans le bon sens,l’auteur a commis une deuxième faute,de syntaxe cette fois.Il a écrit « pallier à« .Le verbe est transitif.Comme les citations de Cocteau ou de Simone de Beauvoir le montrent, on pallie quelque chose et non pas à quelque chose.M.Picard aurait dû écrire: »pour pallier son manque d’énergie ».
Les mots français en anglais French words in English
Si nous luttons sans répit contre l’envahissement des anglicismes dans notre langue,reconnaissons aussi avec le professeur David Gaillardon que nombre de mots français sont couramment utilisés en anglais tels que femme fatale,voyeur,bidet,ménage à trois.
While we fight ceaselessly against the invasion of English words in French,let us explore with Professor David Gaillardon the number of French words that are used in English such as femme fatale,voyeur,bidet,ménage à trois.
Chiens et crocodiles
Si savoir pourquoi tant d’expressions utilisent le mot chien (en chien de fusil,chiens de faïence..) ou le mot crocodile vous intéresse écoutez l’émission du professeur Jean Pruvost sur Canal Académie.
Le bon usage: »fair », « challenge » et autres anglicismes
De retour d’une réunion du Cercle des Cadres Expatriés, Philippe O’Logue signale à notre attention deux mots, »fair » et « challenge » sur le bon usage desquels il souhaite avoir des éclaircissements ainsi que plusieurs « perles » attribuables à l’inattention des locuteurs.
« Fair »
L’emploi de ce mot dans cette phrase: « Ce n’est pas « fair » de refuser l’usage de la liste d’adresse … » est incorrect. Le mot « fair » n’existe pas en français. A la place, il faut dire soit « juste » ou encore « équitable ». En effet, par contraste, l’expression « You are unfair » se traduit bien par « Vous êtes injuste ». Mais, objecterons certains, n’employons nous pas en français l’expression « fair play » alors pourquoi pas « fair »? L’Académie française n’a pas voulu mettre cette expression dans son dictionnaire car, selon le Trésor de la langue française, il s’agit d’un anglicisme « mal assimilé dans notre langue ». Alors, a fortiori, le mot « fair » seul doit être banni!
« Challenge »
Lorsqu’un intervenant dit « déterminer la rentabilité des entreprises post crisis est un vrai challenge« , on sait que « post crisis » est tout simplement un anglicisme plus élégamment remplacé par » à l’issue de la crise » en français mais qu’en est-il du mot « challenge »? Ce mot existe bien en français mais pas dans le sens de la phrase. En français moderne un « challenge » selon le Trésor de la langue française est une » Épreuve périodique entre deux sportifs ou deux équipes pour la conquête d’un titre ou d’un trophée (coupe, statue, etc.) que le vainqueur garde en dépôt, puis cède au vainqueur d’une nouvelle épreuve. Lancer, gagner un challenge; faire disputer un challenge. ».Le sens sportif du mot nous vient de l’anglais : vers 1380 le mot anglais « challenge », emprunté au vieux français, avait pris le sens de « défi dans un combat ». En ancien français, le mot « chalongier » ou « chalengier » signifiait « chicane, attaque, défi » (XIIe s.).Le mot provenait du latin classique calumnia terme juridique « accusation fausse, chicane » formé sur le participe du verbe « caluor » = »chicaner, tromper » puis « réclamation, accusation, litige » en latin médiéval.
Ainsi, pour être correct, il convient d’employer le mot « défi » pour traduire « challenge » sauf si le contexte sportif permet l’emploi du mot « challenge ».
Autres perles
On ne dit pas « on n’est pas « flooded » » mais « on n’est pas inondé », « on demandera aux participants de « clearer » » mais » d’approuver », « le stimulus package » mais « le plan de relance », « un backlash politique » mais « un retour de manivelle » ou « une réaction négative », « on peut se retrouver avec les « sovereign funds » comme actionnaires » mais » avec les fonds souverains », « comprendre ce qui est operating et non-operating » mais » ce qui ressort ou non du résultat d’exploitation ».
Le bon usage: « trilliards » « trillions » et autres anglicismes
Récemment, mon ami Philippe O’Logue assistait à une réunion du Cercle des Cadres Expatriés, tenue, me disait-il, comme à l’accoutumée dans un grand restaurant de New York. Franco-américain, vivant dans un milieu anglophone, Phil a toujours veillé à ne pas mélanger les deux langues. Contrarié par ce qu’il décelait être soit des fautes de français soit tout simplement des anglicismes résultant de la paresse des locuteurs, il m’a soumis une liste de « perles » pour commentaires.
Trilliards
La crise actuelle nous oblige à jongler avec des sommes défiant l’entendement. Plusieurs intervenants, pour signifier « mille milliards » soit « trillion » au sens américain (trillion=1000 billions) ont utilisé le vocable » trilliard ».Est-ce une faute? Oui sans doute aucun: le mot n’existe pas dans notre langue dans ce sens. Face à une difficulté linguistique, ces intervenants ont crée un néologisme par emprunt et dérivation provenant de l’anglais: pour calquer la progression américaine de « million « à « billion » et à « trillion », ils ont allègrement progressé de « million » et « milliard » à « trilliard ».Notons que le mot « billion » pour signifier « milliard » est parfaitement accepté selon Le Trésor de la langue française .
L’usage du mot « trillion » pour signifier « mille milliards » a été également relevé, en particulier dans la bouche d’un expert financier français. Malheureusement, cet emploi n’est plus permis depuis 1948.Auparavant, quoique vieilli, le sens de « trillion » était « mille milliards« . Ainsi, le Capitaine Haddock dans Le Trésor de Rackham le Rouge aurait fort bien pu s’exclamer « un trillion de sabords » au lieu de » mille millions de mille sabords » mais l’effet n’eût pas été le même! Cependant, depuis la IXe Conférence générale des Poids et Mesures, réunie à Paris en 1948, le mot « trillion » pour les pays européens doit être utilisé dans le sens de » un milliard de milliards « soit 10 puissance 18.C’est la définition reprise par Le Robert.Il faut donc employer l’expression « mille milliards » pour traduire le « trillion » américain. On est donc en droit de se poser la question lorsqu’un journal, ou un locuteur, francophone utilise le mot » trillion « du sens voulu par l’auteur ou par le locuteur. Ceci est d’autant plus vrai que selon la même Conférence le mot « trilliard« ,certes d’un usage rare, doit signifier une quantité égale à 10 puissance 21 soit « mille millards de milliards »!Dans la même échelle,adoptée par le Royaume-Uni,le mot « billion » réfère à une quantité égale à 10 puissance 12 soit égale au « trillion » américain. Une autre illustration de l’observation de G.B.Shaw : »England and America are two countries separated by a common language. »
Dans les vicissitudes de la crise, nous ne pouvons qu’être soulagés que les « trillions » engloutis pour la rescousse de certaines sociétés n’aient pas eu le sens du Robert!
Compensation et rémunération
Phil nota qu’un intervenant, explicant comment la crise touchait les cabinets d’avocats, déclara que « la compensation des associés » avait subi une diminution. Il ne faut pas confondre « compensation » en anglais qui signifie « rémunération » et « compensation » en français qui veut dire » rétablir l’équilibre entre deux choses complémentaires ou antagoniste » ou, en droit et en finance, « annulation réciproque de créances, jusqu’a concurrence de la plus faible, lorsque les deux personnes sont respectivement débitrices et créancières l’une de l’autre ».
Autres « perles »
Phil nota quelques expressions qui, selon lui (et selon moi) relevaient de la paresse: « ma société termine l’année flat », « on a vu un shift », « nous vendons des produits qui ne sont pas inexpensive » ou encore, ô comble, « mon core business était down ».Il y a de quoi rester pantois devant un tel laisser-aller qui témoigne d’une imprécision croissante de la langue, voire de la pensée. Ceci est d’autant plus regrettable que l’éminence du français comme langue diplomatique et culturelle provenait de la précision de l’expression que l’on pouvait attendre d’elle.
Stipendier
Eradiquer et Eradicate
If you yearn to learn the difference between « eradiquer » and « eradicate » read eradiquer28-fev-2004
Realiser et realize
La soif et la retouche
la-soif-et-la-retouche-10-sept-20051
Posture
Opportunite
Racaille et rascal