Temps des crises de Michel Serres

L’académicien Michel Serres, professeur à Stanford, vient de publier un nouveau livre,Temps des Crises, dont le sous-titre est : « Mais que révèle le séisme financier et boursier qui nous secoue aujourd’hui ? »

Canal Académie  nous propose d’écouter l’entretien de Michel Serres avec Jacques Paugam.

Dans celui-ci, le philosophe note que la proportion maintenant très réduite du nombre d’agriculteurs et des professions associées  (1,7% contre plus de 60% en 1900) à la fin du XXe siècle  marque la « la fin du néolithique ».

Il analyse ensuite les conséquences de la mobilité des personnes et des choses ainsi  que des progrès de la santé et de la révolution des pratiques médicales. Pour Michel Serres, les nouvelles technologies constituent sont aussi révolutionnaires que l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie.

Pour lui, la crise financière doit être analysée comme la crise dans l’évolution d’une maladie, soit le point d’inflexion de la maladie où le malade meurt ou guérit. Pour lui, l’important n’est pas de revenir à l’état antérieur mais d’intégrer le nouvel état du malade dont l’organisme a lutté avec succès contre la maladie. Cette capacité d’adaptation est la définition même de la vie, « invention permanente de la nouveauté ».C’est ainsi nous suggère-t-il qu’il faut aborder la recherche de solutions aux crises économiques.

Cliquez ici pour l’écouter.

Expatriés: votre accent vous rend-il moins crédible?

Selon les recherches effectuées par Boaz Keysar, professeur de psychologie à l’Université de Chicago et par le chercheur  Shiri Lev-Ari de la même université la réponse est affirmative aux Etats-Unis. C’est ce qui ressort de l’article qu’ils viennent de publier dans le denier numéro du Journal of Experimental Social Psychology [1]intitulé « Why Don’t We Believe Non-Native Speakers? The influence of Accent on Credibility »

Pour découvrir cette conséquence insidieuse de l’accent, ils ont fait lire le même texte par des locuteurs de langue maternelle anglaise et par des locuteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Une des phrases utilisée était : »A giraffe can go without water longer than a camel can ».Bien que les américains évaluant la crédibilité des locuteurs aient été prévenus que l’information contenue dans la phrase ne reflétait par les connaissances personnelles des locuteurs, l’expérience a démontré que les américains évaluant la crédibilité des locuteurs ont estimé que plus l’accent était fort, moins le locuteur était crédible. Selon le professeur Keysar, plus l’accent est prononcé moins l’auditeur comprend et plus il a tendance à attribuer la difficulté de compréhension à un manque de crédibilité du locuteur.

Ne faut-il pas tirer des leçons de ces recherches pour la composition des jurys, au pénal comme au civil, en fonction de la sévérité de l’accent des témoins? L’appréciation de telles recherches ne devrait-elle pas faire partie de la formation des juges?

Il serait intéressant de savoir si les résultats obtenus par MM. Keysar et  Lev-Ari avec des évaluateurs américains seraient les mêmes si l’expérience était menée d’abord entre américains parlant avec un fort accent régional-un locuteur avec un fort accent du Tennessee ou de l’Alabama est-il perçu comme moins crédible par un auditeur du Maine et vice versa- et ensuite avec des personnes de langue française devant évaluer la crédibilité de locuteurs dont le français n’est pas la langue maternelle[2]. Selon les résultats, on peut envisager un vaste chantier de réflexion sur la façon dont les  sociétés perçoivent et traitent les immigrants.


[1] Journal of Experimental Social Psychology,2010;DOI:10.1016/j.esp.2010.05.025

[2] Le lecteur pourra également consulter les travaux des professeurs Rafiq Ibrahim, Mark Leikin et Zohar Eviatar de l’Université de Haïfa Ibrahim, R., Eviatar, E., & Leikin, M. (2008). » Speaking Hebrew with an accent: Empathic capacity or other non-personal factors. » International Journal of Bilingualism, 12(3), 195-207 et Leikin, M., Ibrahim, R., Eviatar, Z., & Sapir, S. (2009). « Listening with an accent: Speech perception in a second language by late bilinguals ». Journal of Psycholinguistic Research, 38, 447-457.

Le plan de relance américain:bilan après un an

Mercredi 17 fevrier 2010, l’émission quotidienne ,L’heure des comptes,de Radio Canada m’a interrogé sur le bilan du plan de relance américain après une année. Pour écouter cette entrevue cliquez ici.



Did Alan Greenspan err?

Many, especially on Capitol Hill, find it convenient to blame Greenspan for the financial crisis from which we are barely emerging. The argument runs thusly: the combination of very cheap money policies and of deregulation so fervently adopted by Geenspan brought about the housing bubble, the subprime mess and assorted financial debacles. Is this line of thinking correct? Mr. Taylor, a friend of Mr.Greenspan thinks so, others, including, not surprisingly, Mr. Greenspan remain unconvinced by Mr. Taylor’s criticism of Mr. Greenspan’s policies. CNNMoney’s Geoff Colvin penned an interesting article (click here to read it) that summarizes the arguments on both sides of the debate in a cogent and articulate manner

Par contre ou en revanche?

Hier soir nous dînions avec des amis en Périgord. L’une des convives commence une phrase en disant « Par contre » et se fait reprendre par notre ami belge Yves au motif qu’il s’agit d’une expression provenant du français belge  et non pas du bon français. Interloqué ,je lui demande de préciser et il nous dit que lui-même s’était fait gourmander par Maurice Druon, académicien, qui lui avait soutenu que « par contre  » était une expression belge et qu’il fallait, en bon français dire « en revanche ».

Qu’en est-il?

Selon le Trésor de la langue française (Tlf), « par contre » est une locution adverbiale marquant l’opposition à un énoncé antérieur citant ,entre autres, Guy de Maupassant : »Si le jardin se trouvait à l’ombre ,la maison, par contre, était en plein soleil » (Contes et Nouvelles t.1Dimanches bourgeois, Paris 1880,p.297).Selon Grévisse ,les expressions « en revanche » ou « en compensation » « ajoutent à l’idée d’opposition une idée particulière d’équilibre heureusement rétablie » alors que ‘par contre » exprime « d’une façon toute générale l’idée d’opposition et a le sens nu de mais d’autre part, mais d’un autre côté ».

La locution adverbiale  « par contre » est une apparition récente dans le Dictionnaire de l’Académie française : elle figure à la  sixième et à la  septièmeédition (1835 et 1878) avec le sens : »Dans le style commercial, Par Contre, en compensation ». Dans la neuvième  édition, en cours de parution, l’Académie fait allusion à la controverse sur « par contre » et tranche ainsi:

 » Par contre, en revanche, d’un autre côté, en contrepartie, en compensation, à l’inverse.  Condamnée par Littré d’après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d’excellents auteurs français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc. Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l’usage s’est établi de la déconseiller, chaque fois que l’emploi d’un autre adverbe est possible. »

Laissons la parole à André Gide, cité par le Dictionnaire culturel en langue française (Robert 2005), qui justifie ainsi son emploi de « par contre »:

« Je sais bien que Voltaire et Littré proscrivent cette locution mais « en revanche » et « en compensation », formules de remplacement que Littré propose, ne me paraissent pas toujours convenables […] Trouveriez –vous décent qu’une femme vous dise: » Oui, mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre; en revanche, jy ai perdu mes deux fils »? ou « la moisson n’a pas été mauvaise, mais « en compensation » toutes les pommes de terre ont pourri »? [….] « Par contre » m’est nécessaire, et, me pardonne Littré, je m’y tiens » Attendu que.. p 89

Notons, que le Larousse tient « par contre  » et « en revanche » pour synonymes et  que le Tlf indique   dans la rubrique « Revanche » que l’expression en revanche » a pour synonyme « par contre”

N’en déplaise à MM Voltaire et Littré ( et à leurs épigones), la langue a évolué !

A table, tous s’accordèrent  à dénoncer les périls auxquels s’exposent ceux qui, ayant acquis la notoriété dans un domaine, utilisent celle-ci pour faire des déclarations, souvent ô combien dogmatiques, sur des sujets ne relevant pas de leur spécialité.

Paul Krugman on Andrew Hall

Paul Krugman,ever the populist,has now jumped into the Hall fray ( read Rewarding Bad Actors NYT Aug.2,2009 ).In his editorial,Professor Krugman fires a broadside against Goldman Sachs’high frequency derived profits and against Mr.Hall.Arguendo,one might  find  high frequency trading to be reprehensible because those with higher speed computers are said to have an unfair advantage over the Lumpenproletariat whose computers dawdle along at much lower speeds.To condemn Mr.Hall,Professor Krugman then argues: »What about Mr. Hall? The Times report suggests that he makes money mainly by outsmarting other investors, rather than by directing resources to where they’re needed. Again, it’s hard to see the social value of what he does. »Does Professor Krugman really think there is something wrong about being smarter than others?Is this an indication of a belief that « equality » really means dumbing down to the lowest common denominator?His linking  outsmarting other investors and not directing ressources where they are needed is not mentionned in the article he cites as a source ( see David Segal ) nor is there a logical link between the proposition that Mr. Hall outsmarts others and the alleged lack of social value in what a Mr. Hall does with his greater smarts unless one were to hold the belief,as Professor Krugman implicitly appears to hold,that being smarter is unfair and has no social value.More’s the pity that such a leading economist should show such a bias.

James Madison and Hall’s $ 100M bonus

On July 27,2009,I posted a note  ( below: Rémunération des cadres bancaires : les $100 millions d’Andrew Hall ) on the  debate raging around Andrew Hall’s right to a $ 100 million bonus,the  topic now of David Segal’s  front page article in Sunday’s New York Times ( August 2,2009) .In my note I  stated that while there were sound reasons to reform the remuneration of traders to avoid excessive risk-taking and to adjust it to account for risks spread over a long period ( the classic problem of long tailed distributions such as Pareto or Lévy ones) there are even sounder reasons for the provision in the U.S. Constitution  prohibiting the  passing laws that affect contract rights retroactively. These reasons were best articulated by James Madison, writing as Publius, in 1788 ,No44 The Federalist Papers:

“Bills of attainder, ex post facto laws, and laws impairing the obligation of contracts, are contrary to the first principles of the social compact, and to every principle of sound legislation. The two former are expressly prohibited by the declarations prefixed to some of the State constitutions, and all of them are prohibited by the spirit and scope of these fundamental charters. Our own experience has taught us, nevertheless, that additional fences against these dangers ought not to be omitted. Very properly, therefore, have the convention added this constitutional bulwark in favor of personal security and private rights; and I am much deceived if they have not, in so doing, as faithfully consulted the genuine sentiments as the undoubted interests of their constituents. The sober people of America are weary of the fluctuating policy which has directed the public councils. They have seen with regret and indignation that sudden changes and legislative interferences, in cases affecting personal rights, become jobs in the hands of enterprising and influential speculators, and snares to the more-industrious and less informed part of the community. They have seen, too, that one legislative interference is but the first link of a long chain of repetitions, every subsequent interference being naturally produced by the effects of the preceding. “

President Madison’s wise observations deserve to be heeded by those who now seek to retroactively modify contract rights.