Curateur ou conservateur ?

Dans la section Culturesmadame du Figaro Madame du 22 juin 2013 (p.42) une question est posée : « Qu’est-ce qu’un curateur ? ». La réponse : « Nouvelle figure de l’art contemporain, le curateur (de l’anglais to care : prendre soin) a émergé au cours de ces dernières années. Espèce de néocommissaire, faiseur d’exposition autour d’un propos, il n’est ni galeriste ni conservateur mais plutôt le compagnon des artistes. »

Cette réponse, à son tour, soulève deux questions : peut-on ainsi utiliser le mot curateur et ce mot vient-il effectivement du verbe anglais to care ?

Si l’oreille attentive reconnait la filiation entre  curateur et le verbe curo, curare  qui, dans la langue de Cicéron, signifiait se soucier de, prendre soin de peut-on conclure que le verbe anglais to care est apparenté au verbe latin du même sens ? Non ! Le verbe anglais a pour origine le verbe kara en vieux saxon et en gothique qui signifiait chagrin lui-même dérivé du vieux haut allemand chara =cri de douleur, lamentation. On retrouve ce sens dans le mot allemand moderne  Karfreitag =vendredi saint. En remontant dans l’histoire du mot, on s’aperçoit que l’on est passé de l’expression de l’émotion à la cause de celle-ci : la racine proto- indo-européenne *gar, certes reconstituée, est une racine expressive signifiant  appeler, crier (Pokorny Indogermanisches etymologisches Wörterbuch 352).Le grec ancien l’a reprise dans le mot γηρυσ =la voix ainsi que le latin dans le verbe garrire =bavarder, parler rapidement, babiller , l’allemand moderne dans le verbe girren =roucouler et l’anglais dans garrulous =volubile, bavard.

Ainsi, le verbe anglais  to care est issu d’un étymon dont le sens premier est  cri  qui a évolué en lamentation  puis en chagrin puis en anxiété, en expression de deuil  transformé en souci. Il n’a aucune parenté avec le verbe latin curo, curare dont le sens premier est avoir soin de, guérir  d’où curateur, et sa famille de mots : cure, curatif, incurable, curer, cure-dents, cure-pipes.

Si l’étymologie donnée pour le mot curateur par l’auteur de l’article du Figaro Madame est fantaisiste, l’acception donnée pour ce mot est-elle justifiée ?

Observons tout d’abord que le mot curateur existe depuis fort longtemps en français étant attesté dès 1287 (Trésor de la langue française « Tlf »).Il nous vient du latin impérial curator =celui qui a la charge, l’office de (Dictionnaire de l’Académie française 9ème édition « Acad.9 »).

En français moderne, le nom  curateur n’est utilisé qu’en droit pour désigner une personne nommée par le juge des tutelles, soit pour assister un majeur incapable ou un mineur émancipé,  administrer ses biens et veiller à ses intérêts, soit pour régir une succession vacante ou un bien abandonné…[ou en Droit commercial une ] personne nommée par le tribunal de commerce pour préparer le plan de redressement d’une entreprise en difficulté et en assurer provisoirement l’administration (Acad.9) .C’est ainsi que l’on avait le curateur au ventre , nommé par le conseil de famille , pour veiller aux intérêts de l’enfant à naître lorsqu’une femme était enceinte lors du décès de son mari et que l’on a encore  le curateur à la personne d’un aliéné ou même le curateur à la mémoire nommé par la Cour de cassation pour poursuivre la réhabilitation d’un condamné.

Non seulement le mot curateur ne nous vient pas de l’anglais mais c’est l’anglais qui a emprunté à l’ancien français curateur devenu curatour en anglo-normand et curator en anglais moderne. L’anglais est resté plus proche du sens latin ne limitant pas l’usage du mot à la définition juridique du français moderne. En effet, le sens de gestionnaire, intendant  apparait en Angleterre au début du XVIIème siècle et le sens de personne dirigeant un musée ou une bibliothèque est attesté dans le Journal de John Evelyn (1661).En français moderne, la personne qui dirige un musée  ou une partie d’un musée est bien entendu un conservateur. Le Tlf note que  l’emploi du mot curateur  pour signifier conservateur (de musée) est un régionalisme canadien !

Ainsi doit-on conclure que le sens donné pour le mot curateur relève de l’anglicisme condamnable .Comme il y a belle lurette que les conservateurs organisent « des expositions autour d’un propos » et font ce que l’auteur attribue aux « curators » anglosaxons  point donc n’est besoin de justifier l’emploi de ce calque par une étymologie de haute fantaisie.

 

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Sus aux solécismes, haro sur les barbarismes

L’Académie française, dans la huitième édition de son Dictionnaire, soulignait que « Le barbarisme et le solécisme sont les deux principaux vices d’élocution ”. Quelque grande puisse être l’influence du milieu anglophone dans lequel nous vivons, les expatriés se doivent de corriger ces vices.

Pour mémoire, selon le même Dictionnaire ,le solécisme est « une faute contre la syntaxe au regard de la grammaire » alors que le barbarisme est « une faute contre le langage soit dans la forme ,soit dans le sens du mot (mot créé ou altéré ,dévié de son sens ,impropre….Faute caractéristique d’un étranger (gr. barbaros) particulièrement celle qui consiste dans l’emploi d’une forme inexistante, par opposition avec le solécisme, qui est l’emploi fautif dans un cas donné d’une forme par ailleurs correcte. Nominer pour nommer, citer est un barbarisme. »

Lors d’une récente réunion d’expatriés, l’animateur avait demandé à plusieurs expatriés de faire une courte présentation sur l’activité du domaine dudit membre. Les solécismes et les barbarismes émaillant  les discours étaient  affligeants pour qui respecte la langue française.

La perle des solécismes revient à un intervenant  qui a commencé son intervention par la phrase : « J’écoutais ce que vous parliez ». Non, je n’invente pas !

Les barbarismes sont beaucoup plus fréquents que les solécismes dans la bouche des cadres expatriés.

Nombre d’entre eux sont l’expression d’un laxisme lexical, d’une paresse intellectuelle, de snobisme  et d’un manque inadmissible de respect de la langue française. Comment autrement qualifier le discours tenu par un des expatriés : « Anyway, il faut continuer… », ou ordonnant à un des intervenants  de «  faire ton overview rapidement » et, plus tard, ajoute qu’il faudra convaincre « d’autres villes on the road » de participer.

Les intervenants qui parlèrent d’une certaine industrie ont fait assaut de barbarismes en observant que dans cette industrie, le « retail » était « drivé » par ceci ou cela. Le « commerce de détail » et son pendant le « commerce de gros » ont-ils disparus ? Au lieu de « drivé » pourquoi ne pas dire « mus par les moteurs.. ». Le barbarisme « retailization » m’a laissé pantois .Il est nécessaire de dire « tendance » au lieu de « trend ».

De même, « data center » ou « centre de data » doit céder la place à « centre de données » et n’est-il pas plus exact de dire « amélioration de la performance » au lieu de « augmentation de la performance »?

Plusieurs barbarismes méritent une mention particulière :

« Challenge »

Plusieurs intervenant ont employé le mot « challenge », l’un d’entre eux ayant même poussé le vice jusqu’à dire « être challengé ». Le mot « challenge » existe bien en français mais pas dans le sens de la phrase. En français moderne un « challenge » selon le Trésor de la langue française est une «  Épreuve périodique entre deux sportifs ou deux équipes pour la conquête d’un titre ou d’un trophée (coupe, statue, etc.) que le vainqueur garde en dépôt, puis cède au vainqueur d’une nouvelle épreuve. Lancer, gagner un challenge; faire disputer un challenge. ».Le sens sportif du mot nous vient de l’anglais : vers 1380 le mot anglais « challenge », emprunté au vieux français, avait pris le sens de « défi dans un combat ». En ancien français, le mot « chalongier » ou « chalengier » signifiait « chicane, attaque, défi » (XIIe s.).Le mot provenait  du latin classique calumnia terme juridique « accusation fausse, chicane » formé sur le participe du verbe « caluor » = »chicaner, tromper » puis « réclamation, accusation, litige » en latin médiéval.

L’Académie dans sa 9ème édition estime que ce mot doit être écrit « chalenge » car «  (On écrit aussi, moins bien, Challenge.) et que le sens de « provocation, défi » est  un emploi déconseillé.

Ainsi, pour être correct, il convient d’employer le mot « défi » pour traduire « challenge » sauf si le contexte sportif permet l’emploi du mot « challenge ».

« basique »

C’est un faux ami qui est encore une mauvaise traduction de l’anglais « basic ».L’Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire limite l’emploi de l’adjectif basique à la chimie (= qui a les propriétés d’une base) et à la minéralogie (=roche ou sol de composition alcaline).Il fallait dire choses relativement élémentaires.

« profitabilité »

Si les mots « profit » et « profitable » sont acceptés dans la 9ème édition du  Dictionnaire de l’Académie, le mot « profitabilité » n’y figure pas. Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (Tl). Il faut dire plutôt « rentabilité » (=Aptitude à engendrer des profits, des bénéfices » Tlf.).Notons que « profit » n’a pas qu’un sens matériel .Selon la 9ème édition le « profit » : est un  « Avantage d’ordre pratique, moral ou intellectuel que l’on retire d’une chose, bénéfice…ÉCON. Revenu résiduel, correspondant aux recettes d’une entreprise desquelles on a soustrait les coûts de production et de distribution des biens et des services produits. Profit d’exploitation. Compte de profits et pertes, Passer par pertes et profits. »

« Flop »

Un des intervenants estima que la stratégie de diversification d’une certaine industrie avait été un « flop ». Ce mot ne figure ni à la 9ème édition du Dictionnaire de l’Académie ni dans la base informatique du Tlf. Si certains dictionnaires, Larousse ou Robert, le mentionnent, ils s’accordent à considérer que cet anglicisme est d’un emploi familier utilisé principalement pour indiquer l’échec d’un roman ou d’une pièce de théâtre.

Dans Les Mémoires d’Outre-tombe (t.2, 1848, p.702) Chateaubriand observait qu’  « Une langue (…) ne saurait changer sa syntaxe qu’en changeant son génie. Un barbarisme heureux reste dans une langue sans la défigurer; des solécismes ne s’y établissent jamais sans la détruire. » Très rares, sinon inexistants, sont les barbarismes faits par les expatriés que l’on pourrait objectivement considérer comme des barbarismes heureux car, pour l’essentiel d’entre eux ils ne sont que l’expression du laxisme lexical précité.

Trentenaire

Suite à mon billet sur les quarantenaires mon ami Jean-Martin m’écrit: “c’est bien aussi de trentenaire (et pas de trentagénaire!) que je qualifierais une personne ayant de 30 à 40 ans… ». Cette pertinente observation mérite examen car, bien entendu le mot « trentagénaire » n’existe pas plus que les mots « vingtagénaire » ou « vingtenaire » !

Le mot « trentenaire » en Moyen Français (1330-1500) signifiait « un ensemble de trente jours ». Son acception usuelle « durée de 30 ans » est  récente .On la trouve pour la première fois dans la 7ème édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878) avec le même sens que dans le Littré (1872, suppl.1877). C’est encore ce sens que donne la 8ème édition de 1935.

Cependant, les dictionnaires plus récents manifestent une confusion certaine. Tous reprennent le sens précité mais si le Dictionnaire culturel en langue française publié en 2005 sous la direction d’Alain Rey en reste là, le Dictionnaire historique de la langue française (1992) aussi publié sous la direction d’Alain Rey ajoute, comme le fait le Petit Larousse (2004), le sens de « qui a entre trente et quarante ans ». Le classique Robert ajoute également le sens de «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » mettant en évidence l’erreur commise par le Petit Larousse et par le Dictionnaire historique ( entre 30 et 40 ans au lieu de entre 30 et 39 ans!).

Le Trésor de la langue française indique que le sens de « personne âgée de trente ans » est rare donnant un article du Nouvel Observateur de 1981 comme emploi. Ce sens est-il le même que  celui «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » ? On peut en douter. Dans le dernier cas il s’agit d’une personne ayant  la trentaine alors que dans le premier la personne a 30 ans ni plus ni moins.

La diffusion des dictionnaires soit par internet soit par applications pour tablettes ne fait qu’augmenter la confusion. Ainsi, sur la page Conjugaison du Nouvel Observateur le sens « qui dure trente ans » est qualifié de « rare » et l’emploi comme nom fait l’objet du commentaire : « par plaisanterie la personne qui a trente ans ». La version électronique du Robert rejoint Conjugaison, traitant de « rare » le sens de « durée de trente ans », mais reprend le sens de de «  Dont l’âge est compris entre trente et trente-neuf ans » alors que le Larousse électronique limite le sens à la durée, tout comme le faisait l’édition 1905 éditée par M. Claude Augé l’auteur du Dictionnaire ( Larousse) complet illustré de 1889 .Cette version électronique omet ainsi sens d’âge de la personne que la version papier de 2004 du dictionnaire mentionne. Dans Wiktionnaire les deux  sens figurent alors que dans Wikipedia l’article « trentenaire » reste à créer !

Faut-il donc accepter le sens de « qui a entre trente et trente-neuf ans » ? L’Académie française n’étant pas encore arrivée à la lettre T dans sa 9ème édition, il nous faut l’attendre pour être définitivement fixé. Entretemps, vu l’absence d’autre mot pour ce sens, je crois cet emploi du mot « trentenaire » justifié.

Quarantenaire ou quadragénaire ?

Dans l’édition du 22 janvier 2013 (Sports p.3) Marc Antoine Godin journaliste sportif au quotidien canadien La Presse signe un article intitulé “La fougue des quarantenaires » dans lequel il admire les prouesses de joueurs de hockey frisant la quarantaine comme Alex Kovalev ou comme Jaromir Tagr et Ray Whitney qui eux ont une quarantaine bien sonnée. Le mot « quarantenaire » pour désigner une personne ayant entre 40 et 49 ans est-il bien utilisé par M. Godin ?

Le suffixe « –aire » ajouté à un adjectif numéral dénote en règle générale la durée. Ainsi « trentenaire » signifie une durée de 30 ans ou qui existe depuis 30 ans. : le droit connait la prescription trentenaire. On utilise cette forme  aussi pour signifier un anniversaire : le cinquantenaire de la découverte de la pénicilline. Si les dictionnaires (Larousse, Robert, Trésor de la langue française (Tlf) et Dictionnaire de l’Académie française) nous donnent  des noms formés par l’adjonction du suffixe « -aire »  sur les chiffres 30,40, 50, 100, 150 ,200,300 400 et mille on peut s’étonner que le mot « soixantenaire » ne figure dans aucun d’entre eux  et que pour 70,80 et 90 il faille se tourner vers l’usage suisse et belge ou l’on retrouve « septantenaire » « huitantenaire » ou , plus rarement, « octantenaire » et « nonantenaire ».Notons que certains dictionnaires en ligne sans donner de sources ajoutent le mot « soixantenaire ».

Le mot « quarantenaire » utilisé par M. Godin est intéressant. A la différence des autres mots formés sur les adjectifs numéraux, ce mot a plusieurs sens bien différenciés. Le sens le plus ancien  attesté dès 1634 appartient au vocabulaire de la marine : le mot signifie « cordage qui sert à redoubler les autres »  (Trésor de la langue française, Dictionnaire culturel de la langue française d’Alain Rey). A la même époque, selon la 9eme édition du Dictionnaire de l’Académie française, le mot prend aussi le sens  de « qui dure  40 ans ». Au milieu du XIXème siècle, le mot « quarantenaire »  est utilisé dans le sens de  «  relatif à la quarantaine sanitaire, personne qui est soumise à une quarantaine, lieu assigné pour une quarantaine » (Dictionnaire Culturel précité, Robert et Larousse.).

Si Péguy écrivait « Le quarantenaire ne devient pas cinquantenaire, il devient historien » ( Clio ,1914, p.249) tant le Tlf que le Dictionnaire de l’Académie estiment qu’il ne faut pas employer le mot « quarantenaire » pour désigner une personne ayant la quarantaine mais qu’il faut lui préférer le classique « quadragénaire”. Ceci explique sans doute pourquoi la version en ligne de l’article de M. Godin a été corrigée, substituant « quadragénaire » à « quarantenaire » qui figurait dans la version papier vendue au public : http://www.lapresse.ca/sports/hockey/201301/21/01-4613520-la-fougue-des-quadragenaires.php !

Charter Schools: solution gratuite pour l’éducation bilingue de nos enfants?

Nos compatriotes expatriés aux États-Unis voulant que leurs enfants apprennent la langue de leurs ancêtres n’avaient jusqu’à récemment que la solution de les inscrire dans les quelques écoles privées bilingues de la région newyorkaise ou de quelques autres grandes villes américaines. Solution fort coûteuse –frais de scolarité dépassant les $20.000 par an par enfant- donc au-delà des moyens de la grande majorité des expatriés. Résultat : perte de la langue et de la culture française pour les enfants d’expatriés ne venant pas des familles les plus aisées.

Depuis 1991,  de nombreux États américains, 80%, dont New York, Californie.., ont encouragé la création d’écoles publiques gratuites gérées par le secteur privé. Ces écoles sont légalement et financièrement indépendantes des systèmes scolaires publics des États. Pour créer une telle école, il faut obtenir une  charte des autorités étatiques compétentes, telles le Department of Education (DOE) et le Board of Regents à New York. L’obtention de cette charte est un long processus, un à deux ans, nécessitant la constitution d’un volumineux dossier reprenant les qualifications du directeur, du conseil d’administration, du corps enseignant, détaillant le programme académique etc. Comme une école ne peut fonctionner qu’en vertu des termes de la charte qu’elle aura pu obtenir, le corollaire est que le contenu académique de l’enseignement est validé et approuvé par autorités de tutelles et ne peut être modifié qu’avec leur accord.

Le financement de ces écoles provient de deux sources : la subvention par élève versée par l’État, correspondant à son coût évité et les dons du secteur privé. A  New York, par exemple, la subvention est environ $13 500 par élève par an. Cette subvention, comme il ressort de mon expérience de membre fondateur de la New York French American Charter School (NYFACS), est à peine suffisante pour ouvrir une école car le coût du loyer est très important dans le budget de fonctionnement de l’école.

L’exemple de la NYFACS est intéressant pour la réflexion. Elle a ouvert ses portes en septembre 2010 avec les classes de jardin d’enfants, 1ère et 2ème année. Chaque année une nouvelle classe sera ajoutée jusqu’à la 12ème année .Le but est de préparer les élèves au baccalauréat international ainsi qu’au  Regents High School Diploma, qui marque la fin des études secondaires à New York. Normalement, à New York, un élève fréquentant les écoles publiques ne peut être inscrit que dans une école sise dans sa circonscription scolaire ce qui, historiquement, poussait les parents à choisir d’habiter dans certains quartiers dans lesquels les écoles publiques étaient considérées comme meilleures. Tant qu’une « charter school » comme la NYFACS n’a pas rempli toutes ses classes, bien que située à Harlem, elle peut accueillir des élèves venant de n’importe où dans l’État de New York.

Le gouvernement français qui cherche des moyens d’assurer la gratuité de la scolarisation des Français expatriés ne devrait-il pas favoriser la création de telles écoles au travers des États-Unis plutôt que de payer des frais de scolarités de plus de $ 20 000 par an par élève aux écoles privées bilingues ? A titre d’exemple, et les modalités de l’aide sont à définir, une subvention égale à la prise en charge par le gouvernement des frais de scolarité de 10 élèves de seconde ou de terminale dans un établissement privé comme le Lycée français de New York assurerait à une école comme la NYFACS plus de la moitié de son loyer annuel ainsi permettant aujourd’hui à 150 élèves et demain à 500 d’avoir un enseignement bilingue gratuit dans un établissement ayant alors une assise financière solide. Ne serait-ce pas là un meilleur emploi des deniers publics pour réaliser l’objectif ô combien important de la gratuité de la scolarisation des Français ?

©2011 Pierre F.de Ravel d’Esclapon

Paltoquet

Du fonds de la Chine où il effectuait un voyage professionnel, mon ami Bertrand m’écrivit pour en savoir plus sur le mot paltoquet. Espérant que le mot n’avait pas été utilisé à son encontre, voici le résultat de mes recherches.

Paltoquet désigne un individu grossier, rustre, un homme prétentieux et insolent (Larousse).Le mot vient de paletot, vêtement grossier, donc indice de rusticité, porté par les paysans d’antan. La forme ancienne du mot paletot est attestée dès 1370 sous la forme paletoke (Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500), ATILF entrée »paletot »). Le mot signifiait un justaucorps. Par adjonction d’un-é final pour désigner quelqu’un habillé d’un paletoke le mot est devenu paletoké ou paletoqué (cf. Rabelais Tiers Livre XXVI) ensuite orthographié paltoquet. Ainsi, un paltoquet est un homme qui a les manières grossières du paysan.

Selon les spécialistes français (Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Complément de Godefroy, Trésor de la langue française), le mot paletot est un emprunt au moyen anglais paltok =jaquette, mot selon eux, d’origine incertaine. Au XIXème siècle, l’anglais a réemprunté le mot paletot pour désigner un vêtement de dessus droit  unisexe.

En revanche, selon les spécialistes anglo-saxons comme Joseph T. Shipley (The Origins of English words : A Discursive Dictionary of Indo-European Roots (1984)), les mots paletot et paltok proviennent de la racine indo-européenne pel-3b, pelǝ-, plē- signifiant une peau, avec l’idée de couvrir, couverture. Cette racine, selon J. Pokorny (Indogermanisches Wörterbuch) se retrouve en grec dans le mot πέλας `=peau et sa forme πέλλᾱς=fourrure est ensuite empruntée par le latin dans le mot pellis=peau de fourrure qui a donné pallium et palla mot signifiant une grande mantille de femme ou encore une jaquette gauloise (à noter que le mot gaulois plaid qui est dérivé de cette racine signifiait couverture en peau de mouton).

En français, la racine nous a donné, outre paletot, les mots pelisse et pellicule et en anglais les mots peel, pelt, pellagra, palliate et tarpaulin.

Le bon usage: “vicinité” ou “proximité”?

Dans un récent courriel, Antoine informait ses correspondants qu’il recherchait un restaurant « dans la vicinité des pistes de ski ».Si le mot vicinité évoque le mot anglais vicinity, est-il français ? Malheureusement il ne l’est plus mais ce mot, devenu un barbarisme, va nous permettre de découvrir les liens entre les mots vicinal, paroisse, ville, économie, œcuménique, vilain, et écologie !

En ancien français, c’est-à-dire, dans le français en usage entre la Chanson de Roland (1080) et 1340, le mot vicinité existait bel et bien, signifiant, depuis son apparition au XIIème siècle, « voisinage, proximité ».Le mot vient du latin uicinus qui signifiait « venant du même quartier ou du même village » .

L’emploi du mot vicinité est devenu de plus en plus rare en moyen français (1340-1611) pour disparaître complètement en français moderne. Il n’est pas dans la 1ère édition de 1694 du Dictionnaire de l’Académie française et le mot vicinal, qui désigne les chemins reliant les villages, n’apparaît la première fois que dans l’édition de 1835 ! C’est d’ailleurs le seul sens admis pour ce mot ! Auparavant, au XVIème siècle par exemple, c’était le mot voisinal qui était utilisé dans le même sens.

En anglais, le mot, emprunté à l’ancien français, fait son apparition vers 1560 pour signifier quartier, voisinage, sens qu’il a conservé encore aujourd’hui.

Le mot latin uicinus[i], dérivé de uicus =pâté de maisons qui venait lui-même du grec. οκος =maison .La racine proto-indo-européenne, u̯eik̂-, u̯ik̂-, u̯oik̂o- (*du̯ei- kṣayati) ,signifie maison, habitation elle-même dérivée de k̂Þei- racine reprenant l’idée de sédentarisation et même d’accession à la propriété ( racine kÞē(i)-, kÞǝ(i)-).C’est ce qui explique que dans les très vieilles langues dérivées du proto-indo-européen, comme le sanscrit ou le vieil hindou on retrouve des mots formés sur la racine vis dont certains signifient maisons ou habitation (víś-), d’autres citoyens (víśaḥ) ou encore propriétaire de maison (viś-páti-)[ii].

Du grec οκος est venu le mot p£roikoj = celui qui habite près de d’où paroisse et le mot anglais parochial =qui a trait à une paroisse, ainsi que les mots économie, œcuménique et écologie !

Du latin uicus est dérivé le mot latin villa qui signifiait d’abord maison de campagne puis village et ville sans oublier vilain !


[i] Rappelons à nos jeunes lecteurs qu’en latin la lettre “v” était prononcée “w” :c’est pourquoi les dictionnaires étymologiques du latin, et des langues qui le précédèrent, souvent substituent un « u » à la place du « v ».

[ii] A Proto-Indo-European Language Lexicon, and an Etymological Dictionary of Early Indo-European Languages,http://dnghu.org/indoeuropean.html ,une banque de données établie à partir de J. Pokorny “Indogermanisches Etymologisches Wörterbuch”, corrigé par George Starostin (Moscow), A. Lubotsky sub nomine u̯eik̂-, u̯ik̂-, u̯oik̂o- (*du̯ei- kṣayati)