Un cheval, des chevaux : pourquoi?

 

Vous êtes vous jamais posé la question : pourquoi le pluriel de cheval est-il chevaux ou celui de travail travaux? Peut-être avez-vous été en panne d’idées lorsqu’un enfant vous posait la question quand vous le repreniez pour avoir dit chevals ? Pour y répondre, il nous faut, à l’instar du Voyageur Temporel de H.G. Wells, remonter dans le temps pour, au gré des batailles, écouter les soldats parler de leurs chevaux et ainsi retrouver la forme, et la prononciation, initiale du mot et leur évolution. L’invisibilité que notre merveilleuse machine nous confère nous permettra tout au cours de ce voyage dans le temps d’écouter et de lire par-dessus l’épaule des scribes sans être ni vus ni entendus.[1]

Pour point de départ, transportons-nous le 1er août 216 avant J-C. dans la tente des consuls Gaius Terencius Varro et Lucius Aemilius Paullus qui alternaient à la tête de l’armée romaine à la veille de la bataille de Cannae[2] , la cuisante défaite de Rome par Hannibal. Les consuls parlent un latin intermédiaire entre le latin archaïque et le latin classique : on distingue bien les six cas des cinq déclinaisons, les accents toniques s’entendent bien ainsi que les diphtongues [axe], [one] et [au][3], et les voyelles longues et brèves sont toutes bien distinctes et reconnaissables[4] : on croirait qu’elles sortent de notre bon vieux Gaffiot !

Conscients de l’excellence de la cavalerie d’Hannibal, les consuls donnent des instructions pour le soin des equi puis l’un ordonne un de ses aides d’aller acheter des cabállos. A cette époque les locuteurs distinguent encore Equus, le cheval, de cabállus= rosse ou cheval hongre. Cette distinction disparaîtra par la suite.

Écoutons ensuite les equites [5]de Marc Antoine lors du siège d’Alésia par Jules César en septembre 52 av. J.-C. : le [-m] final est avalé. Ils ne disent plus cabállum mais kabállu à l’accusatif singulier.

Un peu plus tard, vers la fin du Ier siècle, la prononciation de kabállu a encore changé : le [b] semble avoir glissé pour devenir kaβállu, le [β] correspond au [b] de l’espagnol saber[6].

Faufilons-nous dans le camp d’Aurélien s’apprêtant à livrer bataille aux Alamans à Pavie en l’an 271 de notre ère : de kaβalu la prononciation est passée à kavállu[7].

La fin de l’Empire, entre la mort de Théodose en 395 et l’abdication de Romulus Augustulus en 476, et les invasions barbares qui l’accompagnent, entraînent d’importants changements non seulement dans la prononciation mais aussi dans la morphologie du mot.

Pour notre propos, contentons nous d’observer les grands bouleversements qui agitèrent la Gaule du V ème siècle.

Dès le milieu du IVème siècle les Francs et les Alamans obtiennent de Rome le droit de s’établir entre le Rhin et la Moselle d’où des contacts entre des populations germanophones et celles qui parlaient latin. Le 31 décembre 406 nous observons des familles de Vandales, d’Alains et de Burgondes traverser le Rhin gelé pour venir se fondre dans les populations locales de Boulogne à l’Aquitaine, dans la vallée du Rhône et en Provence. Les apports germaniques auront une influence notable sur la transformation du latin en proto-français [8]

Un peu plus tard, en 417, nous suivons l’invasion des Wisigoths qui arrivent à Toulouse et en 428 nous voyons Clodion, roi des Francs saliens s’emparer de Cambrai et atteindre la Somme puis en 443 c’est la fondation du royaume des Burgondes.

Au début de l’an 451 Attila traverse le Rhin et, après avoir incendié Strasbourg, il arrive devant Paris en avril. De loin, sans nous y attarder, nous observons Sainte Geneviève négocier le salut de la population parisienne. Puis, en accéléré, la grande bataille des Champs Catalauniques se déroule, sous nos yeux : Attila et ses alliés les Gépides et les Ostrogoths affrontent les Romains et leurs alliés les Francs, les Wisigoths et les Burgondes qui vainquent Attila. Que de brassages linguistiques à l’occasion de ces batailles ! . Les légionnaires romains ne prononcent plus kabállu mais kavállɔ[9].Enfin, nous survolons la prise de Lyon par les Burgondes et de Narbonne par les Wisigoths pour en arriver à l’avènement de Clovis en 481 et à la bataille de Soissons par laquelle il défit Rome. Profitant de notre invisibilité, nous l’observons lors de l’épisode du fameux vase et notons qu’il ne parle pas du tout le latin mais un dialecte germanique : le francique[10].

Au cours du Vème siècle,par suite d’un phénomène de palatisation[11] du [k] quand il est suivi d’un [a] qui lui-même se ferme en [e] (=é dans blé)[12],le [k] devient un [tʃ] [13](=tch comme  chop en anglais) de sorte que notre  kavállu de la fin du IVème siècle se prononce tʃevállɔ (=tchévallo+/- en graphie de français moderne) tout comme à la même époque le castellum du latin classique est devenu à l’oreille tʃastéllɔ[14].Notons, que la forme du pluriel n’a pas encore divergé du singulier puisque l’adjonction d’un [s] suffit[15]pour former le pluriel.

Lorsque les Ostrogoths mettent Rome à sac en 546, les légionnaires parlent un latin dans lequel les différences entre les cas des noms ont pratiquement disparu. Là où le latin utilisait les six cas pour exprimer un raffinement de la pensée, les locuteurs du VIème siècle n’en distinguent que deux : le nominatif et l’accusatif »[16].

C’est pour cela que le proto-français, ne connaît plus que deux cas [17]: le cas-sujet, correspondant à l’ancien nominatif et le cas-régime, correspondant à l’accusatif, les autres cas étant repris dans l’accusatif.

Un peu plus tard, au VIIème siècle, le [ɔ] final de ʧevállɔ        disparaît et la géminée[ll] se simplifie en [l][18] d’où ʧevál .C’est de la disparition du [ɔ] final que vient la différence entre le singulier et le pluriel de cheval .Par quel mécanisme demandez-vous?Comme vous le constatez, la syllabe finale du mot au pluriel se termine par deux consonnes au pluriel, le [al] devenant [als] ce qui a entraîné un affaiblissement du [l], consonne alvéolaire, pour devenir ce que les spécialistes appellent un « l vélaire »,[ł],prononcé comme le [l] de  twelve [19].

Lorsque les petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique, devant leurs troupes, font serment d’assistance mutuelle contre leur frère Lothaire en 842, le [ł] a encore évolué : il s’est transformé en [w] (comme dans wood) pour donner une prononciation de ʧeváws [20] pour le pluriel de ʧevál.

Au XIème siècle, deux autres changements de prononciation interviennent : le [e] (=é comme blé) devient muet [ə] (=e muet comme me) et la vocalisation de [-ws] se poursuit pour former une diphtongue, dite de coalescence [21],avec la voyelle qui précède pour devenir [áus]. Notre ʧevál devient ʧəvál (=tcheval en graphie actuelle et non plus tchéval) et son pluriel, ʧeváws, devient ʧəváus (=tchevaous)[22].

A entendre les cavaliers de Philippe Auguste se préparant à livrer la bataille de Bouvines (1214) on remarque que la consonne [ʧ] a été simplifiée pour être ainsi prononcée [ʃ] (=chant en français ou shop en anglais) [23]ce qui nous donne ʃəvál et ʃəváus au pluriel.

Deux siècles et demi plus tard, lors de la bataille de Castillon (1453), malgré les assourdissantes canonnades, nous parvenons à déceler la prononciation des soldats de Jean Bureau [24]: le e muet [ə] est devenu un [ø] (=eu comme dans peu) mais la diphtongue finale est encore présente. Les soldats prononcent donc un ʃøvál et des ʃøváus.

Pour enfin arriver à la prononciation moderne, ʃøvál =cheval et ʃøvo= chevaux [25], il nous faut attendre la capture de Calais en 1558 et son retour à la France après deux siècles d’occupation anglaise. Ce n’est en effet au XVIème siècle qu’est vraiment attesté la monophtongaison de la diphtongue [au] qui devient [o][26].

Ainsi se termine notre excursion temporelle de 17 siècles qui nous a permis de suivre l’évolution de la rosse, cabállus, du Ier siècle avant J-C, au cheval blanc d’Henri IV !

©2016 Pierre F.de Ravel d’Esclapon

 

 

[1] Nous utilisons ici l’Alphabet Phonétique International. Pour mémoire, [e]=é dans blé ; [u]=ou dans cou ; [ʃ]=ch dans chant ou shop en anglais ; [ʧ]=ch dans chop en anglais ; [œ]=eu dans peu ; [w]=oui ou water en anglais ; [ɔ]=o dans mol ; [ə]=e muet comme dans me. L’accent aigu sur une voyelle dénote un accent tonique sur la voyelle. Le symbole [:] après une voyelle signifie l’allongement de celle-ci.

[2] Les amateurs d’histoire militaire ne manqueront pas d’apprécier que le double encerclement utilisé par Hannibal pour la première fois dans l’histoire connue soit employé par de nombreux stratèges, dont Napoléon, et conduisit à la défaite de la 6ème Armée du Reich à Stalingrad.

[3] C’est ainsi que Caesar prononcé Kaesar a donné Kaiser en allemand.

[4] Jozsef Herman Vulgar Latin (2000) p.27 et seq. note que, par exemple, malum signifie mauvais alors que ma : lum signifie pomme.

[5] Membre de l’ordre (ordo equester) de la cavalerie à Rome.

[6] Le [b], consonne occlusive bilabiale, a perdu son occlusion pour se transformer en constrictive bilabiale sonore notée [β] : Geneviève Joly, Précis de phonétique historique du français (2004) p.102; Herman, op.cit. p.45.

[7] Lorsque le [β] est précédé d’un [a] il se transforme à cette époque en labiodentale [v]: Joly, id. Le [v] est un phonème que le latin classique ne connaissait pas : le [v] des inscriptions ou des textes classiques se prononçait [w] comme dans oui ou water.

[8] Les chercheurs estiment que celui-ci avait cours du V ème siècle à la fin du IX ème siècle : Mireille Huchon Histoire de la langue française (2002) p.27-52

[9] Dans la première moitié du Vème s. le [u] final s’est ouvert en [ɔ] (= [o] dans mol) : Joly, op. cit., p.67, Gaston Zink Phonétique historique du français (1986), p.108

[10] Le francique de Clovis, dont très peu de traces sont restées, se rattachait au bas-allemand, ancêtre du néerlandais. Cf. William H. Bennett An Introduction to the Gothic Language (1972) p.14-15. Pour une liste de mots venant du francique cf. Huchon op.cit. p.49-50.

[11] Il s’agit de la prononciation d’un son plus près de la partie du palais dur qui rend celui-ci plus proche d’une consonne palatale. La palatisation joue un rôle capital  non seulement dans les langues romanes mais aussi dans les langues slaves, dans le japonais, le chinois et les langues de l’Inde.

[12] Zink op.cit. p.115 sur les hypothèses concernant un éventuel effet de Bartsch.

[13] Pour une discussion de la transition entre [k] et [t∫] en passant par l’étape intermédiaire de la sourde [ķ] par suite de l’élévation du point d’articulation du [k] jusque dans la zone médio palatale puis de son avancée dans la zone pré palatale : cf. Joly op.cit. p.90

[14] Zink p.108 cf. château < tʃastéllɔ et Karolus qui a donné Charles. Les lectrices attentives auront remarqué que le [a] de kastéllu ne s’est pas transformé en [e] : dans ce cas le [a] est entravé (il est suivi de 2 consonnes [st]) alors que dans le cas de kavállu, le [a] est libre n’étant suivi que d’une consonne d’où la différence de transformation : cf. Zink op.cit.108

[15] Après l’élimination du [m] final, le [s] a servi à distinguer le nominatif singulier de dominus de l’accusatif singulier dominu[m] : cf. Herman, op.cit. p.42.La chute des consonnes finales avait commencé très tôt puisqu’un graffito découvert à Pompéi se lit : »quisquis ama ualia, peria qui nosci amare » alors que la formulation classique eût été : »quisquis amat ualeat, pereat qui nescit amare« =longue vie aux amants, mort à ceux qui ne peuvent aimer. On voit bien que dès cette époque, le [t] final s’était amuï : Herman, id.

[16] Herman, op.cit. p.56-57

[17] Huchon op.cit. p.77

[18] Joly op.cit. p.131

[19]Le [ɫ] est une consonne apico-alvéodentale : Zink op.cit.p.130 : ce processus de vocalisation et de vélarisation du [l] antéconsonnantique primaire a débuté beaucoup plus tôt que dans le cas des [l] antéconsonnantiques secondaires : dès le IIIème siècle pour le premier, comme dans alba devenu ałbə puis aube alors que pour les seconds il fallu attendre le VIIIème siècle pour qu’intervienne la vélarisation du [l].E. et J. Bourciez, Phonétique française(1982) p.190 §191 expliquent  la formation des mots qui ont un [l] final et montrent comment certains finissant en [-al] au singulier ont un pluriel en [-aux] alors que d’autres, tels que  chapeau ou château ont un singulier tiré du pluriel.

[20] La perte du contact apico-alvéodentale en est la raison : Joly, op. cit. p.101.

[21] Zink, op.cit., p.133-136

[22] Joly, op.cit., p.101, explique pourquoi dans les manuscrits de l’ancien français la séquence –us issue de la vocalisation du [l] est souvent rendue par –x et comment le [l] implosif a évolué de alteru à autre, de bellus à biaus par exemple.

[23] La consonne affriquée mi-occlusive [ʧ] s’est transformée en chuintante sourde [ʃ]

[24] Jean Bureau commanda les troupes de Charles VII lors de cette bataille qui marqua la fin de la Guerre de Cent Ans et qui fut la première bataille où les canons jouèrent un rôle décisif.

[25] La graphie du moyen français utilisait indifféremment les terminaisons [-s], [-x] et [-z] pour marquer le pluriel : Huchon op.cit. p.73 pour la dérivation de chevaux à partir de la graphie chevax rencontrée en ancien français et l’explication de l’emploi de la lettre [x]. Cf. Joly op.cit. p.101.

[26] Zink op.cit., p.135

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L’ homme et la mouche

Que l’homme prenne la mouche ne surprend personne. Que l’homme et la mouche partagent des comportements peut étonner. C’est pourtant le cas si l’on se fie aux travaux du professeur Zars[1] de l’Université du Missouri, spécialiste en neurobiologie. Le professeur Zars a étudié le comportement des mouches à fruit males, Drosophila melanogaster, et a découvert que les males privés de sexe noient leur dépit dans l’alcool : parallèle évident avec le comportement des hommes !


[1] G. Shohat-Ophir, K. R. Kaun, R. Azanchi, U. Heberlein. Sexual Deprivation Increases Ethanol Intake in Drosophila. Science, 2012; 335 (6074): 1351 DOI: 10.1126/science.1215932

Il n’y a qu’à New York!

Mercredi 16 février :avec mon ami Nicholas D. nous traversions Central Park à pied,,discutant à voix haute ,en français, le rôle de la France dans le monde quand une dame ,bibliothécaire de son état,nous interrompt, nous priant en excellent français de l’excuser,pour nous demander si l’usage aujourd’hui dictait que l’on mît un accent aigu, ou grave, sur un E majuscule quand le mot en minuscule l’exige!

Il n’y a qu’à New York où cela peut arriver!

Where else but in New York?

Wednesday,walking through Central Park with my friend Nicholas D. chatting merrily,if somewhat loudly,in French about the role of France in the concert of Nations  a lady ,looking remakably like the New York Public Library librarian in Ghostbusters, and,like her ,a librarian ,stops us ,apologizing profusely for the interruption ,to ask us in very good French,if in current usage a word such as « église » when capitalized should be written »Eglise » or « Église »!

Only in New York!

La Saint-Valentin et l’appropriation des fêtes païennes par l’Église

La fête de la Saint-Valentin est pour nous l’occasion de réfléchir aux fêtes païennes que l’Église par la suite a transformées en fêtes chrétiennes. Traditionnellement, la Saint-Valentin, aujourd’hui symbole des amoureux et donc indirectement de la fertilité, commémore les actions du prêtre Valentin à Rome lorsque l’empereur Claudius II Le Cruel avait interdit les mariages au motif que les jeunes gens mariés ne s’enrôlaient plus dans l’armée romaine. Valentin avait désobéi au décret et avait continué à célébrer le mariage de jeunes gens. Arrêté, puis condamné par le préfet, il fut d’abord roué de coups et puis décapité. Cette sentence fut exécutée le 14 février de l’an 270 ou 278. En fait, selon la très sérieuse Catholic Encyclopedia, l’origine et l’identité de Saint-Valentin relèvent du mystère puisque selon les Vies des martyrs antiques, il y aurait eu au moins trois Saint-Valentin tous martyrisés le 14 février mais dans des lieux différents !

Dans la Rome antique, le 14 février se situait au milieu de la fête des Lupercales (13-15 février). Cette fête de la fin de l’année romaine était une fête de purification, de santé et de fertilité. Elle se célébrait près d’une grotte appelée le Lupercal, probablement située au pied du Mont Palatin, en l’honneur du dieu des troupeaux Faunus Lupercus. Le rituel de la fête prévoyait le sacrifice d’un bouc dans la grotte où selon la légende la louve avait allaité Romulus et Remus. Après le sacrifice, les deux jeunes patriciens qui assistaient uniquement vêtus d’une peau de bouc, se faisaient toucher le front par le prêtre sacrificateur avec le couteau sacrificateur puis celui-ci enlevait le sang et alors les jeunes gens avaient l’obligation de rire aux éclats. Ensuite, armés de lanières de peau de bouc, les jeunes gens se mettaient à courir nus dans Rome, fouettant les femmes qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année.

La fête reprenait un rituel plus ancien encore de nettoyage de printemps appelé Februa d’où le nom du mois de février. Ainsi, outre la purification, le rituel est aussi un rituel de passage : le sacrifice dans la grotte est bien entendu symbolique de la mort, le rire aux éclats, qui survient après la purification, symbolise la résurrection et le bouc la fertilité.

Malgré l’interdiction des fêtes païennes dans une Rome devenue largement chrétienne, la fête des Lupercales continua à coexister avec le christianisme pendant de nombreux siècles mais au cinquième siècle, le pape Gélase Ier (494-496) estimant que la fête des Lupercales n’était plus observée que par le bas peuple a décidé d’interdire celle-ci et de la remplacer formellement par la fête de la Saint-Valentin.

La fixation de la fête de Noel au 25 décembre est un autre exemple d’appropriation : la date a été fixée pour supplanter la fête du culte mithriaque du sol invictus ou du Natalis Invicti. Le culte mithriaque, très répandu à Rome et en Asie Mineure au troisième et quatrième siècles, célébrait par cette fête le retour du soleil qui triomphait de la nuit de l’hiver. Dans le monde chrétien, la fixation de Noël au 25 décembre ne s’est effectuée au cours du quatrième siècle. Le Pape Benoît XVI considère que la fixation au 25 décembre est naturelle : c’est 9 mois après l’Annonciation !Au vu des nombreux auteurs, Pères de l’Église, qui ont estimé la relation entre le sol invictus et Noel comme établie, on peut aussi se demander, si la date du 25 mars pour l’Annonciation n’est pas aussi une date de convenance plutôt qu’une date historiquement prouvée.

Comme le fait remarquer l’historienne Anne Morelli, la fête de la Saint-Valentin est loin d’être la seule fête païenne à avoir été reprise par l’église catholique. Dans son intéressant article « La réinterprétation chrétienne des fêtes antérieures au christianisme » (cliquez ici pour lire l’article), elle souligne que les rogations et les litanies sont à l’origine des fêtes romaines connues sous le nom d’ambarvalla. Les rogations sont des prières publiques pour attirer la bénédiction divine sur les récoltes. La grande rogation est célébrée le 25 avril, fête de la Saint Marc. À cette date, à Rome, il y avait une grande procession qui sortait de Rome et lorsque le la fête païenne fut supplantée par la grande rogation celle-ci a continué d’emprunter le même itinéraire ! Les petites rogations, ou litanies, avaient lieu les trois jours précédents l’Ascension et correspondent à l’époque des gelées tardives que redoutent tant les agriculteurs.

Anne Morelli ne se contente pas de répertorier les fêtes romaines ou mithriaques qui ont été appropriées par le christianisme mais souligne à en outre l’importance des fêtes païennes venant de la Scandinavie et, bien entendu, de l’héritage judaïque. C’est ainsi qu’elle rappelle que la fête du solstice d’été le 21 juin a très longtemps résisté avant d’être reprise par le christianisme devenu la fête des feux de la Saint-Jean.

Ainsi, réfléchir au symbolisme des fêtes païennes qui ont pu être supplantées par les fêtes chrétiennes est un exercice intéressant et enrichissant.

 

La fête de la Saint-Valentin est pour nous l’occasion de réfléchir aux fêtes païennes que l’Église par la suite a transformées en fêtes chrétiennes. Traditionnellement, la Saint-Valentin, aujourd’hui symbole des amoureux et donc indirectement de la fertilité, commémore les actions du prêtre Valentin à Rome lorsque l’empereur Claudius II Le Cruel avait interdit les mariages au motif que les jeunes gens mariés ne s’enrôlaient plus dans l’armée romaine. Valentin avait désobéi au décret et avait continué à célébrer le mariage de jeunes gens. Arrêté, puis condamné par le préfet, il fut d’abord roué de coups et puis décapité. Cette sentence fut exécutée le 14 février de l’an 270 ou 278. En fait, selon la très sérieuse Catholic Encyclopedia, l’origine et l’identité de Saint-Valentin relève du mystère puisque selon les Vies des martyrs antiques, il y aurait eu au moins trois Saint-Valentin tous martyrisés le 14 février mais dans des lieux différents !

Dans la Rome antique, le 14 février se situait au milieu de la fête des Lupercales (13-15 février). Cette fête de la fin de l’année romaine était une fête de purification, de santé et de fertilité. Elle se célébrait près d’une grotte appelée le Lupercal, probablement située au pied du Mont Palatin, en l’honneur du dieu des troupeaux Faunus Lupercus. Le rituel de la fête prévoyait le sacrifice d’un bouc dans la grotte où selon la légende la louve avait allaité Romulus et Remus. Après le sacrifice, les deux jeunes patriciens qui assistait uniquement vêtus d’une peau de bouc, se faisait toucher le front par le prêtre sacrificateur avec le couteau sacrificateur puis celui-ci enlevait le sang et alors les jeunes gens avait l’obligation de rire aux éclats. Ensuite, armés de lanières de peau de bouc, les jeunes gens se mettaient à courir nus dans Rome, fouettant les femmes qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année.

La fête reprenait un rituel plus ancien encore de nettoyage de printemps appelé Februa d’où le nom du mois de février. Ainsi, outre la purification, le rituel est aussi un rituel de passage : le sacrifice dans la grotte est bien entendu symbolique de la mort, le rire aux éclats, qui survient après la purification, symbolise la résurrection et le bouc la fertilité.

Malgré l’interdiction des fêtes païennes dans une Rome devenue largement chrétienne, la fête des Lupercales continua à coexister avec le christianisme pendant de nombreux siècles mais au cinquième siècle, le pape Gélase Ier (494-496) estimant que la fête des Lupercales n’était plus observée que par le bas peuple a décidé d’interdire celle-ci et de la remplacer formellement par la fête de la Saint-Valentin.

La fixation de la fête de Noel au 25 décembre est un autre exemple d’appropriation : la date a été fixée pour supplanter la fête du culte mithriaque du sol invictus ou du Natalis Invicti. Le culte mithriaque, très répandu à Rome et en Asie Mineure au troisième et quatrième siècle, célébrait par cette fête le retour du soleil qui triomphait de la nuit de l’hiver. Dans le monde chrétien, la fixation de Noël au 25 décembre ne s’est effectuée au cours du quatrième siècle. Le Pape Benoît XVI considère que la fixation au 25 décembre est naturelle : c’est 9 mois après l’Annonciation !Au vu des nombreux auteurs, Pères de l’Église, qui ont estimé la relation entre le sol invictus et Noel comme établie, on peut aussi se demander, si la date du 25 mars pour l’Annonciation n’est pas aussi une date de convenance plutôt qu’une date historiquement prouvée.

Comme le fait remarquer l’historienne Anne Morelli, la fête de la Saint-Valentin est loin d’être la seule fête païenne à avoir été reprise par l’église catholique. Dans son intéressant article « La réinterprétation chrétienne des fêtes antérieures au christianisme » (cliquez ici pour lire l’article), elle souligne que les rogations et les litanies sont à l’origine des fêtes romaines connues sous le nom d’ambarvalla. Les rogations sont des prières publiques pour attirer la bénédiction divine sur les récoltes. La grande rogation est célébrée le 25 avril, fête de la Saint Marc. À cette date, à Rome, il y avait une grande procession qui sortait de Rome et lorsque le la fête païenne fut supplantée par la grande rogation celle-ci a continué d’emprunter le même itinéraire ! Les petite rogations, ou litanies, avait lieu les trois jours précédents l’Ascension et correspondent à l’époque des gelées tardives que redoutent tant les agriculteurs.

Anne Morelli ne se contente pas de répertorier les fêtes romaines ou mithriaques qui ont été appropriées par le christianisme mais souligne à en outre l’importance des fêtes païennes venant de la Scandinavie et, bien entendu, de l’héritage judaïque. C’est ainsi qu’elle rappelle que la fête du solstice d’été le 21 juin à très longtemps résisté avant d’être reprise par le christianisme devenu la fête des feux de la Saint-Jean.

Ainsi, réfléchir au symbolisme des fêtes païennes qui ont pu être supplantées par les fêtes chrétiennes est un exercice intéressant et enrichissant.

Les trous noirs auraient-ils un cœur?


Les trous noirs,  objets célestes ô combien mystérieux puisque les lois physiques n’ont plus de sens en leur intérieur, auraient-ils un cœur, un pouls?

Un doctorant de Harvard, Joey Nielsen et ses collègues, ont étudié les émissions de rayons X du trou noir GRS1915+105.Celui-ci se trouve dans la Voie Lactée et dispose d’une étoile comme compagnon  et garde-manger dans lequel il puise son alimentation en gaz et particules.

En combinant les observations de ce trou noir faites par deux satellites, Chandra et Rossi (RXTE), Nielsen et son équipe ont découvert que le trou noir émet des pulsations en rayons X toutes les 50 secondes variant en intensité d’un facteur de 1 à 3.Il se trouve que ce rythme, quoiqu’un peu plus lent, ressemble fort au rythme cardiaque tel qu’il apparait sur les électrocardiogrammes de cœurs humains! De là, Nielsen et son directeur de thèse, le professeur Julia Lee, ont pu mesurer le montant de matière absorbé puis rejeté par le trou noir à chaque battement.

Pour plus amples détails : Chandra X-ray Center (2011, January 14). Taking the pulse of a black hole system. ScienceDaily. Retrieved January 14, 2011, from http://www.sciencedaily.com­ /releases/2011/01/110112175523.htm

Bilingualism: boon or bane?

In this weekend’s New York Times Magazine, Guy Deutscher, author of « Through the Language Glass: Why the World Looks Different in Other Languages », reviewed the current state of research to answer the question: » Does your Language Shape How You Think? » Mr.Deutscher gives interesting examples showing that language does indeed compel the speakers to express thoughts in a particular way or to provide the listener with certain information, whether about the gender as in French or German as opposed to English or about how the speaker came to know the facts they are reporting as for the Matses in Peru. Click here to read the article.

As the first bilingual French-English charter school in New York City, the New York French American Charter School, will open in September ,2010 we may well ask, following Mr. Deutscher’s inquiries, whether bilingualism shapes how the speakers think, whether there are any benefits, aside from the obvious cultural ones, to learning another language from the earliest age? Wouldn’t such bilingualism overtax the abilities of some children and render them less proficient in both languages? To answer some of the questions one may have about bilingualism, I did a cursory ,and wholly unscientific, survey of the literature in the last 3 years and share here what caught my attention.

What are the benefits of an early bilingual education?

According to studies of kindergartners done at Harvard by Prof.Silverman[1] pupils who speak another language at home and who learn English as a second language acquire a general vocabulary in English at a faster rate than English-only pupils of the same age.

Early bilinguals are able to learn another language faster than monolinguals and are better able to learn new words in their own language as shown by Viorica Marian and Margarita Kaushanskaya, professors of communication science at Northwestern University[2].

Professors Marian and Kaushanskaya’s research also answers a question many parents have when deciding whether to educate their children bilingually: will bilingual education confuse or slow down my child’s learning? In their article « Bilingualism reduces native-language interference during novel-word learning »[3], they show that bilinguals are better able than monolinguals to filter out « noise »-irrelevant information- when learning a new language.Accordingly, bilingual education from an early age helps rather than hinders a child’s development.

Parents may be wondering if it is worth going to the trouble of providing an early bilingual education to their offsprings if the child then loses the second language through lack of use. Recent research by Bristol University researchers[4] suggests that people who were exposed to another language when young not only relearn the forgotten language more rapidly but retain the ability to pronounce difficult sounds of the second language. They used Hindi and Zulu as second languages because these languages have phonemes –sound units- that are very difficult for native English speakers to recognize and reproduce. They found that the subject quickly relearnt to recognize and pronounce those foreign phonemes. We have all observed cases of people who lost a language learnt as a child who, when relearning it as adults, are able to pronounce it like native speakers.

Monolingual education of children from homes where another language is spoken has another very real negative impact on the construction of the child’s identity, language learning and critical thinking development as Elena Constantinou, doctoral student at the University of Leicester showed in her June 24,2010 presentation « Exclusion of mother tongue problematises identity construction » at the Festival of Postgraduate Research of the University[5].

How early should bilingual education start?

The short answer is as early as possible, even during pregnancy! As shown by psychologists Krista Byers-Heinlein, and Janet Werker (University of British Columbia) and Tracey Burns of the OECD who studied mothers speaking both English and Tagalog during pregnancy[6] and mothers who spoke only English, monolingual babies were only interested in English whereas bilingual babies showed no preference for one language or the other suggesting that those infants have a predisposition for bilingual learning.

Their research showed also that infants are able to discriminate between the two languages and to keep them apart. This research extends the earliest age at which infants can tell apart two languages. A previous study showed that 4- and 6-month-old infants can discriminate languages (English from French) just from viewing silently presented articulations. By the age of 8 months, only bilingual (French-English) infants succeed at this task.[7]

Bilingualism’s impact on brain structure and use of brain resources

« Can early language exposure modify neural tissue? Does extensive and maintained exposure to two languages from early life leave a « bilingual signature » on the human brain? How do bilinguals avoid confusing their two languages as they rapidly process their languages and /or move from one language context to another? Do early proficient bilinguals process language differently from monolinguals and recruit different neural tissue across all contexts, including one language at a time and two languages in rapid alternation?[8] Or do such bilinguals process language similarly to monolinguals and recruit similar neural tissue but not across all contexts?[9] » These are the questions that Professor Ioulia Kovelman and her co-workers set out to answer using novel neuro-imaging techniques[10].Her conclusions are well worth quoting in full:

« Early and extensive dual language exposure appears to have an impact on how the bilingual brain processes language within classical language areas (IFC, BA) as well as brain areas that support language processing (DLPFC, BA46/9 and IFC BA 47/11).The overall implication is that this neural change is entirely positive-bilinguals can read and listen to semantic information in each of their languages with the same effectiveness as monolinguals. The bilingual brain also develops mechanisms that allow for successful processing of two languages concurrently in a bilingual mode. We therefore hope that scientists, educators and bilingual policymakers, alike, will take notice of the present findings-especially those who decide on educational settings for the nation’s young bilinguals and whether early bilingual language learning as a child harms one’s dual language, reading, and cognitive processing as an adult. To be sure, we found no evidence of harm and instead found evidence that the bilingual brain processes each of the two languages with the aplomb of a monolingual brain processing one. »[11]

These results were confirmed in a study carried out by Professor Ibrahim of the Department of Learning Disabilities of Haifa University[12] who investigated whether one or both languages of an Arabic-Hebrew bilingual individual are disrupted following brain damage. In this case, his investigation led to the conclusion that the Arabic and Hebrew language capabilities of the patient resided in two different areas of the brain even though the two languages are semantically very close.[13]

Are there any benefits of bilingualism in adulthood?

Indubitably yes. Indeed, Alzheimer’s has been shown by Prof. Bialystok to be delayed by an average of four years in bilinguals versus monolinguals[14].Similarly, Dr.Gilit Kavé and her co-workers at the Herczeg Institute on Aging at Tel Aviv University have shown that senior citizens who speak several languages show less mental aging than monolinguals: the more languages you speak the better your cognitive states are when you get older. The study was conducted on people between the ages of 75 and 95.[15]

Last, but not least, according to a 2009 report by research team appointed by the European Commission entitled « The Contribution of Multilingualism to Creativity »[16], click here to read the Report, multilinguals show superior performance in handling complex and demanding problem-solving tasks, higher creativity and mental flexibility compared to monolinguals.

©2010 Pierre F. de Ravel d’Esclapon


[1]Elementary School Journal, 107(4), 365-383 (2007): Rebecca Deffes Silverman: »Vocabulary Development of English-Language and English-Only Learners in Kindergarten ».

[2] « The Bilingual Advantage in Novel Word Learning » (2009) Psychonomic Bulletin & Review,   16, 705-710.

[3] J Exp Psychol Learn Mem Cogn. 2009 May; 35(3):829-35.

[4] J.Bowers,S.Mattys and S.Gage « Preserved Implicit Knowledge of a Forgotten Childhood Language » Psychological Science 2009;20(9):1064

[5] http://www2.le.ac.uk/ebulletin/news/press-releases/2010-2019/2010/06/nparticle.2010-06-09.4016247525. While her research focused on children whose home language is the Cypriot dialect, her findings should apply to other communities as well.

[6] Byers-Heinlein, K., Burns, T.F., & Werker, J.F. ( 2010). « The roots of bilingualism in newborns ». Psychological Science, 21(3), 343-348,(2010) doi: 10.1177/0956797609360758

[7]« Visual Language Discrimination in Infancy » Whitney M. Weikum, Athena Vouloumanos, Jordi Navarra, Salvador Soto-Faraco, Núria Sebastián-Gallés, and Janet F. Werker Science 25 May 2007:Vol. 316. no. 5828, p. 1159 DOI: 10.1126/science.1137686.

[8] The neuroscientists refer to this as the Neural Signature Hypothesis

[9] This is the so-called Functional Switching Hypothesis.

[10] « Shining New Light on the Brain’s « Bilingual Signature »: a Functional Near Infrared Spectroscopy Investigation of Semantic Processing » I. Kovelman, M.H. Shalinsky, M.S.Berens and L.Petitto  Neuroimage 39(2008) 1457-1471.To read the article click here.Interested readers may also enjoy her other papers:« Age of first bilingual language exposure as a new window into bilingual reading development« Bilingualism: Language and Cognition 11 (2), 2008, 203–223 ; »Dual language use in sign-speech bimodal bilinguals: fNIRS brain-imaging evidence« Brain & Language 109 (2009) 112–123;L.Petitto « New Discoveries From the Bilingual Brain and Mind Across the Life Span: Implications for Education »MIND, BRAIN, AND EDUCATION vol.4

[11] Id.p.1468.

[12] « Selective deficit of second language: a case study of a brain-damaged Arabic-Hebrew bilingual patient » Behavioral and Brain Functions 2009, 5:17doi:10.1186/1744-9081-5-17

[13] Interested readers will benefit from studying the literature quoted in Professor Ibrahim’s footnotes.

[14] « Bilingualism as a protection against the onset of symptoms of dementia » Bialystok E., Craik F.I. & Freedman M. Neuropsychologia 45(7),2007 ,459-464

[15] Kavé, G., Eyal, N., Shorek, A., & Cohen-Mansfield, J. (2008). Multilingualism and cognitive state in the oldest old. Psychology and Aging, 23(1), 70-78.

[16] EC Public Service Contract No EACEA/2007/3995/2 16 July 2009