La féminisation des noms de métiers et de fonctions : ce qu’il faut retenir du rapport de l’Académie française

En 1981, Jean d’Ormesson accueillait ainsi Marguerite Yourcenar sous la coupole : » Vous êtes un écrivain, et comme quelques autres substantifs et adjectifs de la langue française…[ ] le mot écrivain ne connaît pas la distinction de genre : il ne connaît, hélas ! ou peut-être heureusement, que des différences de force, de talent et de style. »

En 1984, suite à l’initiative du gouvernement Fabius en faveur de « la féminisation des titres et fonctions et, d’une manière générale, du vocabulaire concernant les activités des femmes », l’Académie demande aux professeurs Lévi-Strauss et Dumézil de soumettre un rapport à la Compagnie. Ce dernier, lu en séance le 14 juin 1984 et adopté à l’unanimité, concluait : « En français, la marque du féminin ne sert qu’accessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle. La distribution des substantifs en deux genres institue, dans la totalité du lexique, un principe de classification permettant éventuellement de distinguer des homonymes, de souligner des orthographes différentes, de classer des suffixes, d’indiquer des grandeurs relatives, des rapports de dérivation, et favorisant, par le jeu de l’accord des adjectifs, la variété des constructions nominales… Tous ces emplois du genre grammatical constituent un réseau complexe où la désignation contrastée des sexes ne joue qu’un rôle mineur. Des changements, faits de propos délibéré dans un secteur, peuvent avoir sur les autres des répercussions insoupçonnées. Ils risquent de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l’usage, et qu’il paraîtrait mieux avisé de laisser à l’usage le soin de modifier »

En février 2019, l’Académie soumet le rapport du groupe de travail présidé par Gabriel de Broglie. Adopté à l’unanimité moins deux voix, voici ce que l’Académie préconise aujourd’hui :

-la féminisation peut répondre à des souhaits légitimes reflétant l’évolution de la société

-pour correctement féminiser un nom de métier ou de fonction il faut que deux conditions soient remplies :(a) la forme adoptée résulte d’un usage établi et consacré et (b) cette forme doit impérativement suivre les règles générales de fonctionnement de la langue française, en particulier les « règles morphologiques qui président à la création des formes féminines dérivées des substantifs masculins » (p.6).

Sur le point (a) l’Académie souligne que son rôle n’est pas de dire l’usage mais de le constater. Elle considère qu’en aucun cas l’usage ne doit être forcé ou imposé que ce soit par décret du gouvernement ou par des normes rigides ou sous la pression d’idéologues (les néo-féministes, les adeptes de la théorie du genre, ou les identitaires). L’Académie tranche : « Aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale » (p. 15). Elle rappelle que « la langue n’est pas un outil qui se modèle au gré des désirs de chacun, mais bien une réalité soustraite à toute tentative de modification autoritaire, qui a sa vie propre et ses rythmes d’évolution spécifiques. » (P. 19) A ce titre l’Académie critique la féminisation des grades et dignités imposée au Journal officiel -chevalière, officière ou commandeure- comme n’étant pas reçue dans l’usage. Elle approuve la décision de la Cour de cassation de se conformer aux recommandations de l’Académie tout en constatant que certaines formes ne sont pas utilisées systématiquement (« avocate générale ») ou très rarement (« substitute »).

De la nécessite de respecter les règles de la langue, point (b), découle le maintien de la règle voulant que le masculin l’emporte sur le féminin et donc la proscription de l’écriture dite inclusive. Dans sa discussion l’Académie pose une distinction entre les noms de métiers et ceux de fonctions tout en observant que pour les uns et pour les autres, plus on monte dans la hiérarchie sociale plus la féminisation rencontre de difficultés. L’Académie commente certaines des difficultés : pour le féminin de « auteur » elle estime que la forme la plus correcte devrait être « autrice » bien que « auteure » soit répandu sans pour autant être établi.

Parmi les autres cas épineux, elle retient le mot « chef » dont elle constate que le féminin « cheffe » n’appartient pas au « bon usage » mais qu’il est difficile de le proscrire étant donne le nombre d’occurrences rencontrées dans les sources consultées par la commission. Elle attire l’attention sur l’emploi adverbial, donc non féminisable, de « chef », dans les locutions « infirmière-chef », ou « sergent-chef ».

Pour les noms de fonction, elle constate que certains sont aisées à féminiser mais elle reprend sa position traditionnelle : une fonction est impersonnelle, elle n’appartient pas à l’intéressé : « On n’est pas sa fonction : on l’occupe » (p. 13). Cependant, et c’est la nouveauté, elle ne considère pas que cette distance soit un « obstacle dirimant » à la féminisation. Cette plus grande souplesse pourra, pour les hautes fonctions, conduire a des situations pour lesquelles l’emploi de la forme masculine évitera la confusion. Ainsi, comme le constate l’Académie, « ambassadrice » désigne la femme de l’ambassadeur depuis le XVIème siècle. Comment alors éviter la confusion si l’occupante du poste est une homosexuelle mariée ? Sommes nous face deux Mme l’ambassadrice ? Même question si l’ambassadeur est un homosexuel marié : deux M. L’ambassadeur ?

Ayant constaté ces nombreux cas épineux et l’instabilité linguistique qui prévaut en France et dans la francophonie, l’Académie reprend en conclusion la nécessité pour les nouvelles formes d’être construites et utilisées « dans le respect des règles fondamentales de la langue et selon l’esprit du droit français ».

Fiduciary Relationship

En novembre 2017 les Mélanges en l’honneur du Professeur Jean-Jacques Daigre étaient publiés. J’avais été très honoré d’avoir été sollicité pour y contribuer un chapitre. A la demande de mes amis professeurs de droit en Europe, j’ai choisi d’écrire sur un thème dont, me disaient-ils, tout le monde parle et que personne ne comprend : la fameuse « fiduciary relationship », mal traduite par « relation fiduciaire ». Dans ce texte, j’explore son origine, son application dans le droit des sociétés du Delaware a la responsabilité des dirigeants et son application en droit boursier fédéral américain comme source de la condamnation de certaines transactions réalisées par des inities. Voici le textele role de la fiduciary relationship dans le droit du delaware et dans le droit boursier americain melanges daigre

Le risque opérationnel et les banques

En 2014, la faculté de droit de l’Université de Strasbourg organisait un colloque international sur les banques face aux risques.Mon intervention  a porté sur le risque opéerationnel au regard de l’affaire BNP Paribas.Les actes du colloque n’ayant toujours pas été publiés voici un lien pour mon texte qui date de septembre 2014.le risque opérationnel et les banques v8a.

Sardonian or sardonic: a botanico-etymological inquiry

Searching for the origins of words leads one to interesting results. A case in point are the related words sardonian and sardonic.

According to Collins’ English dictionary, sardonian means “a person who flatters with harmful or deadly intent” while Webster’s (1913 Ed.) defines sardonic as:” Forced; unnatural; insincere; hence, derisive, mocking, malignant, or bitterly sarcastic; – applied only to a laugh, smile, or some facial semblance of gayety.” For Webster’s, sardonian is an older word, synonym of sardonic.

The word sardonic, attested in English first in 1638 in Sir Thomas Herbert’s Works, was borrowed from the French sardonique ( Chambers Dictionary of Etymology, sub nom. Sardonic 1988). The French word sardonien appeared first in 1579 in the book of poems Regrets by Joachin du Bellay and then in the works of the famous physician Ambroise Paré (1580 Œuvres, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 334 et 385). Both authors used it in the expression ris sardonien (sardonian laughter). The word sardonien became sardonique shortly after.

The word was borrowed from the Latin sardonicus risus itself a Latinization of the Greek Σαρδόνιος (sardonios=bitter or scornful laughter). The Greek word designated originally someone from Sardinia, hence the surname Sardone (http://www.tuttiicognomi.com/cognomi-S.htm).How the word came to take the meaning of bitter or scornful goes back to Homer (Oxford Dictionary of Fables and Phrases). Homer knew of the plant called sardonion or herba sardonia in Latin, i.e., the sardonian herb , a species of ranunculus (ranunculus sceleratus or apium risus), which when eaten or drunk causes facial convulsions resembling those that accompany bitter or scornful laughter ( Chambers, supra,  A. Rey Dictionnaire historique de la langue française sub nom. sardonique).The original Greek comes from  the Indo-European root*sward=laughter found also in Celtic languages such as Cornish ( hwerthin) and Middle Breton ( huersin) meaning to laugh .

The cure for ingestion of sardonion was given thusly by the most important Greek physician of his day ( before 700 B.C.) Paulus Aegineta  : “[i]t will be proper to give honied water and milk, with embrocations and lubrications of the whole body, by calefacient remedies; and to have recourse to hot-baths of hot oil and water, and to anoint properly and rub them after the baths..”( The Seven Books of Paulus Aegineta translated from the Greek by Francis Adams, vol.2,p.235-6 London 1844). One can think of other pleasant uses of such a cure without having to deal with any sardonion or sardonian unpleasantness.

Versatile

Mon ami John, francophile jusqu’à la moëlle depuis l’année universitaire qu’il a passée en France il y a plus de 20 ans parle un français qui quoiqu’ excellent, tient plus de Dutronc que de Flaubert. Dans une récente conversation, en français s’il vous plait, sur nos chers joueurs de baseball, les Yankees, John me soutient que la force de notre équipe favorite est en partie due à la versatilité de certains joueurs. Entendant John utiliser l’adjectif  versatile  pour décrire ces joueurs, je lui demande de préciser sa pensee. John me réponds qu’il a utilisé cet adjectif pour décrire des joueurs capables de jouer plusieurs positions avec égale habileté et, de surcroît, ambidextres.

Manifestement John utilisait le mot versatile dans son sens anglais.Quoique le sens de « changeant or fluctuant aisément »soit un des sens retenu pour ce mot par le dictionnaire Merriam-Webster,l’acception la plus courante est celle de «  capable de multiples usages »,ou, applique a une personne,  « ayant de multiples talents ,ou intérêts ».C’est dans ce sens que l’on retrouve le mot dans les exemples d’usage notés tant dans le Roget’s Thesaurus que dans l’Encyclopedia Britannica en ligne : je cite la description de Nina Simone : «  versatile performer (pianist-singer-songwriter) whose few original compositions deal mainly with racism and whose wide-ranging repertoire encompasses jazz, soul, blues, folk, gospel, and pop songs ». Dans tous les cas de figure, le mot est aujourd’hui utilisé avec une connotation positive, voire flatteuse.

En français, par contre, l’acception courante du mot est péjorative : « personne ne qui change souvent et aisément de parti, d’opinion; qui est sujet à de brusques revirements » selon le Trésor de la Langue Française qui d’ailleurs donne comme synonymes « capricieux, fantasque, lunatique, inconstant. ». C’est dans ce sens que Sainte- Beuve l’utilisait dans Port Royal : « On connaît bien et trop bien l’intérieur de ce prince vif et spirituel, mais capricieux, versatile, a la merci de sa fantaisie présente. ». Le sens, vieilli, de « qui provoque ou subit un mouvement alternatif, d’un côté puis d’un autre » est tombé en désuétude.

Comment le même mot ayant la même origine a-t-il pu acquérir des connotations si diamétralement opposées en français et en anglais?

Le mot vient du latin versatilis « mobile, qui tourne aisément », et, au sens figure « flexible, qui se plie à tout », lui-même un dérivé de versare =tourner, se retourner.

Au Moyen Age et encore au XVIème siècle, le mot versatile était employé pour désigner une épée à deux tranchants. Cette capacité à être utilisé dans un sens ou dans l’autre est soulignée par Montaigne, qui dit de l’esprit humain : « Il traite et soi et tout ce qu’il reçoit, tantot avant, tantôt arrière, selon son être insatiable, vagabond et versatile ». Le sens dépréciatif de l’adjectif n’est donc pas encore fixé en français. C’est par un emprunt au vieux français que le mot est rentré dans le vocabulaire anglais, prenant et figeant de ce fait la connotation que le mot avait à l’époque, à savoir de quelque chose d’utile, ayant plusieurs usages ou applications, donc un sens positif. Le premier usage a été relevé dans le traité Of the Avancement of Learning de Francis Bacon au début du XVIIème siècle.

Le français semble n’avoir retenu que le coté girouette du mot et en l’appliquant aux personnes, lui a donné une connotation péjorative.

En dépit de cette opposition de connotation entre les deux langues, notez, néanmoins que toutes deux ont gardé le même sens spécialisé du mot en zoologie : le doigt versatile de l’oiseau est un doigt capable de tourner en avant ou en arrière. On qualifie ainsi l’antenne de certains insectes.

Somme toute, il convient sans doute d’être versatile pour savoir sur quel pied danser.

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Sean Manning grew up on the west coast of Canada and completed a Master’s degree on the revolt of Cyrus the Younger at the University of Calgary in 2013.  He is currently writing a doctoral d…

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Le dégorgement de la loi Sarbanes-Oxley : l’arrêt SEC c/ Jensen du 31 août 2016

La loi Sarbanes-Oxley du 30 juillet 2002 a introduit par son article 304 la notion de dégorgement – clawback – des bonus et autres rémunérations incitatives reçues par les directeurs généraux -CEO- et les directeurs financiers lorsque leur société doit réviser ses comptes en raison de mauvaise gestion (« misconduct »). Pour la première fois, une cour d’appel fédérale vient de décider si les cadres devant dégorger leur rémunération doivent avoir été personnellement impliqués dans cette mauvaise gestion. C’est le thème du commentaire d’arrêt que je viens de publier dans le Bulletin Joly Bourse No10 du 01 octobre 2016 : https://www.lextenso.fr/numero_revue/bulletin-joly-bourse/158/10/1475272800  p.444