Le bon usage:pallier

Maurin Picard ,commentant la décision de l’Egypte de relancer son projet de construction d’un réacteur nucléaire civil, écrit : » l’Égypte envisage à nouveau de construire sa première centrale nucléaire pour pallier à ses besoins énergétiques » ( Le Figaro 8 mai 2009 « Nucléaire : un rapport de l’AIEA met en cause l’Égypte »).

L’emploi du verbe pallier est ici une double faute.Ce verbe a plusieurs sens:(a) il signifie « dissimuler ,faire excuser un défaut ou une faute en présentant sous un jour favorable« .C’est dans ce sens que Simone de Beauvoir écrit: » Il partait dans la vie les mains vides, et méprisait les biens qui s’acquièrent. Pour pallier cette indigence, il ne lui restait qu’une issue: paraître « ( Mémoires d’une. jeune. fille, 1958, p.36) (b) en médecine,il signifie « atténuer le mal sans guérir « .C’est ainsi que l’utilisait Cocteau : »Jadis je palliais la fréquence de ces crises par l’opium « ( Difficulté d’être,1947 p.237.Le verbe ,au figuré ,a pris le sens de « atténuer,remédier à un inconvenient ou une situation facheuse en apparence ou provisoirement,et,par extension,remédier à quelque chose« .Le verbe nous vient du bas latin palliare =proprement couvrir d’un manteau d’où le sens de « cacher ».

La première faute est une faute de sens :l’auteur a voulu dire que l’Egypte envisageait de construire une centrale pour subvenir à ses besoins d’énergie non pas pour « dissimuler un défaut » ou pour « remédier à » ses besoins énergétiques. L’auteur aurait dû écrire « pour subvenir à ses besoins énergétiques ».

Même si  le verbe pallier avait été utilisé dans le bon sens,l’auteur a commis  une deuxième faute,de syntaxe cette fois.Il a écrit « pallier à« .Le verbe est transitif.Comme les citations de Cocteau ou de Simone de Beauvoir le montrent, on pallie quelque chose et non pas à quelque chose.M.Picard aurait dû écrire: »pour pallier son manque d’énergie ».

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