Les secrets du Vatican

Bernard Lecomte ancien journaliste à La Croix, auteur d’une excellente biographie de Jean-Paul II, spécialiste des questions religieuses, offre à notre délectation un ouvrage intitulé « Les secrets du Vatican » (Perrin 2009).Lecomte est un fin connaisseur des intrigues nouées dans les couloirs du Vatican.

Son point de départ est Benoît XV dont l’ambition était de redonner à la papauté un rôle dans le concert des nations et il termine avec le Panzerkardinal, Benoît XVI. Pour chacun de ces huit papes il nous propose de dévoiler  un « secret ». Les amateurs de complots liront avec intérêt pourquoi l’Eglise ne voit aucun profit à tirer de la preuve de l’authenticité du suaire de Turin mais seront déçus par la révélation du troisième secret de Fatima, par l’explication donnée par Lecomte de la mort de Jean Paul Ier, le pape au sourire, par son analyse de l’affaire Calvi ( Msgr Marcinkus n’était pas foncièrement malhonnête, mais son incompétence en finance faisait de lui la proie des aigrefins de tous poils, dont Calvi, qui selon Lecomte devait beaucoup à la Cosa Nostra et fini par payer ses dettes avec sa vie) et par sa conviction que la filière bulgare évoquée pour la tentative d’assassinat de Jean-Paul II relève de l’imagination débordante des amateurs de complots.

Par contre, les connaisseurs de procédure parlementaire apprécieront à sa juste valeur le duel entre Jean XXIII et le Saint Office pour le contrôle des comités ( et surtout de leur ordre du jour!) pour la préparation de Vatican II, le compte-rendu des luttes au sein de la toute puissante Commission  Théologique entre l’arrière-garde de Mgr Ottaviani qui défendait ,en minorité, une conception dogmatico-juridique de la doctrine et la majorité qui voulait réinstaurer une conception biblico-pastorale de la doctrine. In fine, les hésitations de Jean XXIII sur la politique à adopter en face des camps ennemis furent balayées  par la découverte qu’il souffrait d’une maladie sans espoir qui lui empêcherait de voir la conclusion du concile d’où son célèbre discours d’inauguration du concile Gaudet mater ecclesia.

Les amateurs de politique ne resteront pas sur leur faim  à la lecture de la description des relations entre Mussolini et Pie XI dont le résultat fût les Accords du Latran donnant l’indépendance juridique à la Cité du Vatican. Ils apprécieront aussi comment le sens politique de Jean Paul II (et la justesse de ses renseignements!) lui permirent de contrer Jaruslski dans l’affaire Solidarnósć de Lech Walesa parce qu’il avait correctement anticipé les réactions du grand frère soviétique alors incarné par Gorbatchev. L’habile manœuvre de Jean-Paul II pour contre l’Opus Dei en canonisant son fondateur José Maria Escriva de Balaguer en 2002 ne manquera pas de les faire béer d’admiration.

Ceci étant, ce qui m’a le plus frappé dans l’ouvrage de Lecomte c’est ce qu’il n’a pas fait ressortir autrement que peut-être en filigrane: combien certains hommes d’église se trouvèrent  à des points d’inflexion historiques et, de par leurs actions ou leurs inactions, furent ensuite choisis pour siéger sur le trône de Saint Pierre.

Pour Benoît XV, comme pour les prêtres catholiques en Russie tsariste, la révolution russe était l’occasion de contrer l’église orthodoxe. Pour ce faire et pour rétablir le rôle du Saint Siège dans la diplomatie internationale, Benoît XV avait deux nonces apostoliques sur qui il pouvait s’appuyer: Achille Ratti à Varsovie et Eugenio Pacelli à Berlin. Le nouveau régime soviétique souhaitait la reconnaissance par la papauté d’où le jeu joué par Benoît XV: nous reconnaîtrons Lénine si les catholiques russes obtiennent  la permission de pratiquer la religion catholique –distinction  par rapport aux russes orthodoxes  perçus comme tsaristes.

Benoît XV meurt et le 6 février 1922 Achille Ratti lui succède sous le nom de Pie XI. Celui-ci continue la stratégie de son prédécesseur et ,en 1924, envoye le Nonce Pacelli négocier directement avec Lénine .En 1925 ,il demande à Pacelli d’ordonner en secret à Berlin un jésuite de 46 ans ,Mgr Michel d’Herbigny ,comme évêque de toutes les Russies!

De tous les récents papes aucun n’a été plus contesté que Pie XII.Lui, qui alors  Mgr Pacelli, passa 12 ans comme nonce apostolique à Berlin,succéda à Pie XI, le pape qui voyait « loin et clair ». Pie XI, pape courageux, n’hésita pas à condamner l’Action française (1926), le fascisme (« Non abbiamo bisogno » 1931), le nazisme (« Mit brennender Sorge » 1937) et le communisme (« Divini redemptoris » 1937).

Pie XII était issu d’une lignée de proches du Saint Siège: son grand-père fonda l’Osservatore Romano et son père, doyen des avocats du Saint Siège, fût le négociateur des Accords du Latran. Pie XII était un négociateur chevronné de concordats: Serbie, 1914, Bavière 1924, Prusse 1929 et Bade 1929.Il pensait  après 12 ans comme nonce apostolique à Berlin qu’il pourrait négocier un concordat avec Hitler.

Sa formation de juriste, d’après Lecomte, explique le silence assourdissant de Pie XII sur les camps de concentration .Selon Lecomte, le 18 décembre 1942 M. Osborne, Ambassadeur du Royaume-Uni remis en mains propres un dossier complet sur les camps de concentration à Mgr Tardini en l’informant que les gouvernements américains et britanniques souhaitaient que Sa Sainteté utilise l’information pour son message de Noël au monde. Pie XII  refusa de prendre parti croyant, tel un juge, qu’il lui incombait de maintenir un devoir de réserve! Ceci ne l’a pas, heureusement, empêché d’abriter quelque 5000 juifs romains dans les immeubles relevant du Pape à Rome pour les mettre à l’abri des rafles nazies.

La triste affaire Finaly illustre bien comment certains prélats sont acteurs historiques. Cette affaire concernait un enfant juif baptisé dans sa plus tendre enfance pour le faire échapper à la déportation qui fut ensuite enlevé par des nonnes qui voulaient l’empêcher de redevenir juif avec ses parents naturels émigrés en Israël. Dans cette affaire, le nonce à Paris ,Angelo Roncalli, futur Jean XXIII, soutînt les nonnes égarées alors que l’adjoint du Pape, Montini, le futur Paul VI calma les esprits et tenta de trouver une solution négociée.

C’est ainsi que l’on retrouve la patte des futurs princes de l’Eglise  dans le cas des prêtres-ouvriers .Qui alors nota la visite à Marseille d’un jeune
prêtre polonais venu pour étudier ce que le père Loew mettait en place pour combattre la montée du communisme dans le milieu ouvrier. Ce prêtre polonais s’appelait Karol Wojtyla! Au même moment, à Rome, le futur Paul VI approuve la publication en italien de l’ouvrage du père Loew sur les prêtres-ouvriers!

C’est toujours le même Paul VI qui en 1968 était confronté au problème de la pilule pour les catholiques. En 1930, Pie XI dans l’encyclique Casti Connubii avait autorisé la méthode Ogino. La question était de savoir si une méthode chimique, la pilule, devait être approuvée. Paul Vi nomma une commission constituée de théologiens, de médecins, et-innovation-de deux couples.au bout de près de 5 ans de délibérations, cette commission, sans doute influencée par Mme Colette Poitvin, qui osa demander aux augustes théologiens si, à leur avis, lorsqu’une femme se présente devant Dieu, celui va lui demander » as-tu aimé » ou « as-tu bien pris ta température? » recommanda au Pape d’autoriser la pilule. Cependant, Paul VI hésitait et finalement se rallia à l’opinion du jeune évêque de Cracovie Karol Wojtyla, auteur d’un traité « Amour et responsabilité » et, ainsi, promulgua Humanae vitae condamnant le recours à la pilule contre l’avis de ses experts!

Si la déception est au rendez-vous des amateurs de scandales ,les historiens sauront rendre hommage à Bernard Lecomte pour avoir  soulevé le voile du secret qui cachait  les problèmes spirituels et temporels qui confrontèrent nos huit  derniers papes.

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