Par contre ou en revanche?

Hier soir nous dînions avec des amis en Périgord. L’une des convives commence une phrase en disant « Par contre » et se fait reprendre par notre ami belge Yves au motif qu’il s’agit d’une expression provenant du français belge  et non pas du bon français. Interloqué ,je lui demande de préciser et il nous dit que lui-même s’était fait gourmander par Maurice Druon, académicien, qui lui avait soutenu que « par contre  » était une expression belge et qu’il fallait, en bon français dire « en revanche ».

Qu’en est-il?

Selon le Trésor de la langue française (Tlf), « par contre » est une locution adverbiale marquant l’opposition à un énoncé antérieur citant ,entre autres, Guy de Maupassant : »Si le jardin se trouvait à l’ombre ,la maison, par contre, était en plein soleil » (Contes et Nouvelles t.1Dimanches bourgeois, Paris 1880,p.297).Selon Grévisse ,les expressions « en revanche » ou « en compensation » « ajoutent à l’idée d’opposition une idée particulière d’équilibre heureusement rétablie » alors que ‘par contre » exprime « d’une façon toute générale l’idée d’opposition et a le sens nu de mais d’autre part, mais d’un autre côté ».

La locution adverbiale  « par contre » est une apparition récente dans le Dictionnaire de l’Académie française : elle figure à la  sixième et à la  septièmeédition (1835 et 1878) avec le sens : »Dans le style commercial, Par Contre, en compensation ». Dans la neuvième  édition, en cours de parution, l’Académie fait allusion à la controverse sur « par contre » et tranche ainsi:

 » Par contre, en revanche, d’un autre côté, en contrepartie, en compensation, à l’inverse.  Condamnée par Littré d’après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d’excellents auteurs français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc. Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l’usage s’est établi de la déconseiller, chaque fois que l’emploi d’un autre adverbe est possible. »

Laissons la parole à André Gide, cité par le Dictionnaire culturel en langue française (Robert 2005), qui justifie ainsi son emploi de « par contre »:

« Je sais bien que Voltaire et Littré proscrivent cette locution mais « en revanche » et « en compensation », formules de remplacement que Littré propose, ne me paraissent pas toujours convenables […] Trouveriez –vous décent qu’une femme vous dise: » Oui, mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre; en revanche, jy ai perdu mes deux fils »? ou « la moisson n’a pas été mauvaise, mais « en compensation » toutes les pommes de terre ont pourri »? [….] « Par contre » m’est nécessaire, et, me pardonne Littré, je m’y tiens » Attendu que.. p 89

Notons, que le Larousse tient « par contre  » et « en revanche » pour synonymes et  que le Tlf indique   dans la rubrique « Revanche » que l’expression en revanche » a pour synonyme « par contre”

N’en déplaise à MM Voltaire et Littré ( et à leurs épigones), la langue a évolué !

A table, tous s’accordèrent  à dénoncer les périls auxquels s’exposent ceux qui, ayant acquis la notoriété dans un domaine, utilisent celle-ci pour faire des déclarations, souvent ô combien dogmatiques, sur des sujets ne relevant pas de leur spécialité.

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